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De 1940 au D-Day, Hubert a vécu l’épopée

Quel roman que ces quelques années qui ont conduit le Périgourdin Hubert Faure de la débâcle de 1940 aux plages de Normandie le 6 juin 1944. Où il débarque avec la première vague d'assaut, l'arme au poing, béret vert sur la tête, parmi les 177 hommes du commando Kieffer. Les seuls Français du Jour J engagés au milieu des 140 000 soldats américains, britanniques et canadiens.


Quel roman, et quel parcours avant d'intégrer cette petite troupe d'élite sous commandement britannique, que la France a mis si longtemps à honorer à sa juste valeur.
Hubert Faure, qui a eu 100 ans la semaine dernière, sera une nouvelle fois au rendez-vous, demain, en Normandie. Présent dans la tribune où l'on croisera François Hollande, Barack Obama, la reine d'Angleterre et Vladimir Poutine. faure3Premier combat
L'aventure commence avec la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939. Hubert Faure, originaire de Neuvic, en Dordogne, est âgé de 25 ans. « J'étais officier d'active, instructeur à la préparation militaire supérieure de la région de Paris, je préparais Saumur », raconte-t-il dans son appartement parisien, où il passe l'hiver. Après les commémorations, il rejoindra, comme chaque été, sa maison de Bayas, près de Libourne.
« Quand il y a eu la déclaration de guerre, j'ai été envoyé sur la frontière en face de la ligne Siegfried. » Pendant les longs mois de la « drôle de guerre », au contact des officiers de réserve de 14-18, Hubert apprend à se camoufler, à voir sans être vu. « Ça m'a servi tout le temps après, même le 6 juin. » Le jour de l'offensive allemande, Hubert Faure entre au Luxembourg et engage son premier combat, qui lui vaudra sa première citation. Mais, dès 23 heures, un ordre de repli survient. Le premier d'une longue série.


Première évasion
Le 20 mai, le peloton motocycliste de division légère de cavalerie qu'il commande est mis à la disposition d'un certain colonel de Gaulle (nommé général le 1er juin), qui vient de mener la contre-offensive victorieuse sur Montcornet. « On le connaissait bien déjà. Moi, j'avais lu tous ses bouquins sur l'armée. »
Mais la débâcle emporte tout sur son passage. Le 18 juin, il est à Battigny, en Meurthe-et-Moselle, avec le dernier carré de l'armée française sur le front est. « J'avais un ami qui s'occupait de notre camion de radio. Il avait entendu l'Appel du Général. Il m'a dit de venir écouter la rediffusion le soir. Ce discours m'a galvanisé. »
Alors que l'armistice doit entrer en vigueur le 25 juin, Hubert Faure demande l'autorisation de partir avec les hommes qu'il lui reste pour ne pas être fait prisonnier. « Avant de partir, le capitaine nous a dit qu'il fallait manger. On a eu droit à une omelette, on a bien cassé la croûte. Mais quand j'ai ouvert la porte, les Allemands étaient là. J'ai été fait prisonnier comme ça. »
Hubert Faure se retrouve dans une gare de triage à Toul, d'où il parvient à s'évader avec deux camarades en traversant à la nage le canal de la Moselle. Ils franchissent la ligne de démarcation dans le Jura et le Périgourdin retrouve Neuvic aux alentours du 15 août.
Passage en Espagne
La France occupée, Hubert Faure intègre l'armée d'armistice. « Je faisais partie de l'état-major départemental chargé du ravitaillement de la population du Ribéracois. Mais je m'occupais surtout de camoufler des armes et du matériel. J'ai quitté la Dordogne quand les Allemands ont occupé la zone libre, fin 1942. Un résistant de Bergerac avait été pris avec son carnet, où il y avait mon nom. J'ai été prévenu à temps et je suis parti aussitôt à moto jusqu'à Oloron-Sainte-Marie. »
Hubert Faure franchit la frontière espagnole pour rejoindre le Portugal, puis l'Angleterre. Mais les carabiniers l'arrêtent à Pampelune. Le voilà de nouveau prisonnier. Et de nouveau il s'évade. « J'ai été pris dans les barbelés. Un carabinier a tiré sur moi à bout portant, mais j'ai dévié le bout du fusil avec mes mains. La balle est rentrée dans le sable tout près de ma tête. Mon camarade a pris une balle dans le pied, ils lui sont tombés dessus et j'ai pu m'échapper. »
L'aventure se poursuit à pied, 300 kilomètres à travers l'Espagne, nourri par les bergers. Au Portugal, il entre en contact avec une filière d'exfiltration d'aviateurs alliés et se retrouve à l'aéroport de Lisbonne. « C'était étonnant, sur le tarmac on croisait des officiers allemands, au milieu d'Anglais et d'Américains. »
Hubert Faure gagne Liverpool et rejoint les Forces françaises libres, dont il faisait partie depuis 1942. « J'étais volontaire pour rentrer dans les commandos, dont j'avais suivi de près les raids de Saint-Nazaire et de Dieppe. C'étaient des types qui se battaient bien, des spécialistes. Je voulais absolument en faire partie. »
Avec Kieffer, « amis de suite »
Le stage commando dure trois mois. « C'était dur. Chaque matin, on parcourait 7 miles, en courant, en moins d'une heure avec 30 kilos sur le dos et notre arme. » Debout, sa mitraillette Thomson au bras, il est capable d'atteindre sa cible avec la troisième balle.
Au début de l'hiver 1943, Hubert décroche son brevet de commando et son béret vert. C'est là qu'il rencontre pour la première fois le capitaine Philippe Kieffer, le pacha du 1er bataillon de fusiliers marins, qui a réussi à convaincre de Gaulle et les Anglais de créer cette unité d'élite.
« On a été amis tout de suite, on était en parfaite communion. Nous sortions du même moule, élevés tous les deux par les jésuites. Moi au collège de Sarlat, lui à Jersey. » Une amitié profonde qui a perduré après guerre. Philippe Kieffer a été son témoin de mariage. « Mon papa vous aimait tant », lui a écrit la semaine dernière, pour son anniversaire, la fille de Philippe Kieffer.
Le débarquement approche. Quinze jours avant le Jour J, les bérets verts sont enfermés dans un camp militaire ultrasécurisé. C'est là qu'Hubert fête ses 30 ans. « Kieffer avait réussi à nous dégoter du champagne ! » se souvient-il en riant.
Le 5 juin au soir, il embarque à Warsash, le port de Southampton. « En répondant à l'appel de notre nom, certains lançaient « un aller sans retour ! ». Ensuite, notre LCI (1) a traversé le chenal de l'île de Wight rempli de centaines de bateaux. Quand tous les types parqués à bord depuis plusieurs jours ont vu nos bérets verts, ils ont lancé des hourras. Ils savaient que c'était enfin le signal pour le débarquement. »
(1) Landing Craft Infantry, ou péniche de débarquement.