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WUJA

World Union of Jesuit Alumni

 

Appendice I - Les premières écoles jésuites et le Ratio Studorium

 

 

 Table des matières

L'itiniraire sptirituel d'Ignace de Loyola de 1491 à 1540

De Loyola à Montserra
Manresa

De Jérusalem à Paris

De Paris à Rome

La Compagnie de Jésus s'engage dans l'éducation : 1540 - 1556

Le "Ratio Studiorum" et l'histoire plus récente

 

L'Itinéraire Spirituel d'Ignace de Loyola: 149l - 1540

 

(Ce récit de la vie d'Ignace repose sur le Récit du Pèlerin,82 autobiographie dictée à un compagnon jésuite trois ans avant sa mort. Ignace parle continuellement de lui-même à la troisième personne)

De Loyola à Montserrat

 

Ignace, de petite noblesse, naquit en 1491 dans le château familial de Loyola, au pays basque; il fut élevé comme chevalier dans les cours d'Espagne. Dans son autobiographie, il résume les vingt-six premières années de sa vie en une phrase: "il fut un homme adonné aux vanités du monde, et il se délectait principalement dans l'exercice des armes avec un grand et vain désir de gagner de l'honneur".83 Le désir de gagner de l'honneur amena Ignace à Pampelune pour participer à la défense de cette ville-frontière contre l'attaque des Français. La défense était sans espoir; lorsque, le 20 mai 1521, Ignace fut frappé par un boulet qui lui brisa une jambe et blessa sérieusement l'autre, Pampelune et Ignace tombèrent tous deux entre les mains des Français.

Les médecins Français prirent soin d'Ignace et le reconduisirent à Loyola, où il passa une longue convalescence. Dans cette période d'inactivité forcée, il demanda à lire des livres et, en raison de son ennui, accepta les seuls disponibles: La vie des Saints et La vie du Christ. Quand il ne lisait pas, le chevalier romanesque rêvait, tantôt d'imiter les actions de saint François et de saint Dominique, tantôt de valeureuses actions chevaleresques au service d'"une certaine Dame".84 Au bout d'un certain temps, il s'aperçut qu'"il y avait différence: quand il pensait à ce qui était du monde, il s'y complaisait beaucoup; mais quand, lassé, il cessait d'y penser, il se trouvait aride et insatisfait. En revanche, quand il pensait à ... se livrer à toutes les austérités auxquelles les saints s'étaient livrés, non seulement il éprouvait de grands élans intérieurs en méditant sur des pensées du genre, mais même après les avoir quittées, il restait satisfait et allègre... Ses yeux s'ouvrirent un peu; il se mit alors à s'étonner de cette diversité et à faire réflexion sur elle. Peu à peu, il en vint à connaître la diversité des esprits qui s'agitaient en lui".85 Ignace découvrait Dieu à l'oeuvre dans sa vie; le désir qu'il avait de l'honneur se transformait en un désir de se consacrer totalement à Dieu, bien qu'il ne fût pas encore très sûr de ce que cela signifiait. "Ce qu'il désirait surtout c'était d'aller, aussitôt guéri, à Jérusalem...en se livrant à autant de pénitences et de jeûnes qu'un esprit généreux, enflammé par Dieu, a coutume de souhaiter faire".86

Ignace commença son voyage vers Jérusalem dès que sa guérison fut complète. Le premier lieu où il s'arrêta fut le fameux sanctuaire de Montserrat. Le 24 mars 1522, il déposa son épée et sa dague "devant l'autel de Notre Dame de Montserrat, où il avait résolu de déposer ses habits et de revêtir les armes du Christ".87 Il passa toute la nuit à veiller, un bâton de pèlerin à la main. De Montserrat, il se rendit à une ville appelée Manrèse, avec l'intention de n'y passer que quelques jours. Il y resta presque un an.

Manresa

Ignace vécut en pèlerin, mendiant ce dont il avait besoin et passant presque tout son temps en prière. Au début, ses journées furent remplies d'une grande consolation et d'une grande joie; mais bientôt la prière devint un tourment et il fit l'expérience de terribles tentations et scrupules, d'une si grande désolation qu'il désirait "avec une grande violence se jeter dans un grand trou qu'il y avait dans sa chambre".88 La paix revint enfin; Ignace réfléchit dans la prière sur les "bons et mauvais esprits"89 qui sont à l'oeuvre dans des expériences comme celle-ci, et il commença à reconnaître que sa liberté pour répondre à Dieu subissait l'influence de ces sentiments de "consolation" et de "désolation". "Dieu le traitait alors de la même manière qu'un maître d'école traite un enfant, à savoir: en l'enseignant".90

Le pèlerin devint alors peu à peu plus sensible aux mouvements intérieurs de son coeur et aux influences extérieures du monde qui l'environnait. Il reconnut Dieu qui révélait son amour et l'invitait à y répondre; mais il reconnut aussi que sa liberté pour répondre à cet amour pouvait être aidée ou arrêtée par la manière dont il se comportait face à ces influences. Il apprit à répondre dans la liberté à l'amour de Dieu en luttant pour écarter ce qui faisait obstacle à sa liberté. Mais "l'amour s'exprime dans les actes".9l La plénitude de la liberté menait inévitablement à une fidélité totale; la libre réponse d'Ignace à l'amour de Dieu prit la forme d'un service plein d'amour - en se consacrant totalement au service du Christ qui, pour le gentilhomme Ignace, était son "Roi". Parce que c'était une réponse dans l'amour à l'amour de Dieu, cette réponse ne pouvait jamais être suffisante; la logique de l'amour exigeait une réponse qui était toujours "davantage" ("magis").

La conversion à un service tout d'amour de Dieu fut confirmée par une expérience qui survint alors qu'il s'était arrêté un jour au bord du Cardoner. "Comme il était assis en cet endroit, les yeux de son entendement commencèrent à s'ouvrir et, sans percevoir aucune vision, il eut l'intelligence et la connaissance de choses nombreuses, aussi bien spirituelles que relevant de la foi et de la culture profane; et cela avec une illumination si grande que toutes choses lui paraissaient choses nouvelles... Il reçut une grande clarté dans son entendement, de telle sorte que dans tout le cours de sa vie jusqu'à 62 ans passés, s'il récapitule en esprit toutes les aides qu'il a obtenues de Dieu et toutes les choses qu'il a reçues, même s'il les réunit en un faisceau, il ne lui semble pas avoir acquis autant de connaissances que cette seule fois".92

Ignace consigna ces expériences dans un petit livre, pratique commencée pendant sa convalescence à Loyola. Au début, ces notes n'étaient que pour lui; mais il vit bientôt la possibilité de quelque chose de plus large. "Quand il remarquait ce qui se passait dans son âme et qu'il le trouvait utile, il pensait que cela pourrait être aussi utile à d'autres. Aussi le notait-il par écrit".93 Il avait découvert Dieu et il découvrait ainsi le sens de la vie. Il tira parti de toute occasion qui se présentait pour en guider d'autres à travers la même expérience et la même découverte. Avec le temps, les notes prirent une forme plus structurée et devinrent la base d'une petit livre appelé Exercices Spirituels, publié pour en aider d'autres à guider hommes et femmes à travers une expérience de liberté qui conduit à un service fidèle des autres au service de Dieu.

Les Exercices Spirituels ne sont pas un livre à lire; ils constituent un guide pour une expérience, un engagement actif permettant de progresser dans une liberté qui conduit à un service fidèle. L'expérience d'Ignace à Manrèse peut devenir une expérience personnellement vécue.

Dans les Exercices, chacun, quoique pécheur, a la possibilité de découvrir qu'il est aimé personnellement par Dieu et invité à répondre à son amour. Cette réponse commence en reconnaissant ce qu'est le péché avec ses effets, en réalisant que l'amour de Dieu est plus fort que le péché, en désirant cet amour qui pardonne et qui sauve. La liberté de répondre est alors rendue possible grâce à une capacité croissante, avec l'aide de Dieu, de reconnaître - et d'engager une lutte pour les vaincre - les éléments intérieurs et extérieurs qui font obstacle à une libre réponse. La réponse se développe d'une manière positive à travers la recherche et l'accueil de la volonté de Dieu le Père, dont l'amour nous a été révélé dans la personne et la vie de son Fils, Jésus Christ, à travers la découverte et le choix de moyens spécifiques grâce auxquels ce service de Dieu dans l'amour est réalisé par un service actif des autres, hommes et femmes, au cœur de la réalité.

De Jérusalem à Paris

Quittant Manrèse en 1523, Ignace accomplit son voyage à Jérusalem. Les expériences des mois passés à Manrèse achevèrent la rupture avec sa vie passée et confirmèrent son désir de se donner totalement au service de Dieu; mais ce désir n'avait pas encore d'objet bien clair. Il voulait rester à Jérusalem, en visitant les lieux saints et en servant les autres; mais il ne lui fut pas permis de demeurer dans cette ville troublée. "Depuis que le pèlerin avait compris et accepté la volonté de Dieu qu'il ne restât pas à Jérusalem, il rentrait sans cesse en lui-même pour méditer ce qu'il devait faire; et à la fin il eut inclination à étudier quelque temps pour pouvoir aider les âmes, et il décida d'aller à Barcelone".95 Bien qu'il eut 30 ans, il alla à l'école, assis en classe au milieu de jeunes garçons de la ville pour apprendre la grammaire; deux ans plus tard, il se rendit à Alcalà pour des études universitaires. Quand il n'étudiait pas, il enseignait aux autres les voies de Dieu et partageait avec eux ses Exercices Spirituels. Mais l'In- quisition n'allait pas permettre à quelqu'un qui n'avait pas de formation théologique de parler de choses spirituelles. Plutôt que de garder le silence sur la seule chose qui lui importait vraiment, convaincu que Dieu le conduisait, Ignace quitta Alcalà et se rendit à Salamanque. Les forces de l'Inquisition continuèrent à le harceler jusqu'à ce que, finale- ment, en 1528, il quitta l'Espagne définitivement et se rendit en France, à l'Université de Paris.

Ignace demeura à Paris pendant sept ans. Bien que ses prédications et sa direction à Barcelone, à Alcalà et à Salamanque lui aient attiré des compagnons qui restèrent un temps avec lui, ce fut à l'Université de Paris que se forma un groupe durable d'"amis dans le Seigneur".96 Pierre Favre et François Xavier étaient ses compagnons de chambre, "qu'il gagna ensuite au service de Dieu par le moyen des Exercices Spirituels".97 Attirés par le même appel, quatre autres se joignirent bientôt à eux. Chacun de ces hommes fit personnellement l'expérience de l'amour de Dieu, et leur désir d'y répondre fut si total que leur vie en fut complètement transformée. Et comme chacun partagea son expérience avec les autres, il s'établit entre eux un lien de communauté qui devait durer toute leur vie.

 

Table des matières

De Paris à Rome

En 1534, ce petit groupe de sept compagnons se rendit à la petite chapelle d'un monastère à Montmartre, hors de Paris; et le seul prêtre parmi eux, Pierre Favre, célébra une messe au cours de laquelle ils consacrèrent leur vie à Dieu par les voeux de pauvreté et de chasteté. A la même époque ils "avaient tous délibéré sur ce qu'ils avaient à faire, savoir: aller à Venise et à Jérusalem et dépenser leur vie pour l'utilité des âmes".98 A Venise les six autres compagnons furent ordonnés prêtres, y compris Ignace. Mais leur décision d'aller à Jérusalem ne devait pas devenir une réalité.

La guerre entre les armées chrétiennes et musulmanes rendit impossible le voyage vers l'Orient. Tandis qu'ils attendaient que la tension s'apaise et que les pèlerinages puissent reprendre, les compagnons passèrent leurs journées à prêcher, à donner les Exercices, à travailler dans les hôpitaux et au milieu des pauvres. Finalement, lorsqu'une année se fut écoulée et que Jérusalem demeura inaccessible, ils décidèrent qu'"ils reviendraient à Rome et se présenteraient au Vicaire du Christ afin que celui-ci les emploie là où il jugerait que c'était le plus favorable à la gloire de Dieu et au bien des âmes".99

Leur résolution de se mettre au service du Saint-Père signifiait qu'ils pouvaient être envoyés en différentes parties du monde, partout où le Pape aurait besoin d'eux; les compagnons seraient dispersés. Ce fut seulement alors qu'ils décidèrent d'établir un lien plus permanent qui les unirait alors même qu'ils seraient matériellement séparés. Ils ajouteraient le voeu d'obéissance, devenant ainsi un Ordre religieux.

Vers la fin de leur voyage vers Rome, dans une petite chapelle au bord du chemin, au village de La Storta, Ignace "fut très spécialement visité par Dieu... Comme il se trouvait en train de prier dans une église, il épouva un tel changement dans son âme et il vit si clairement que Dieu le Père le mettait avec le Christ, son Fils, qu'il n'aurait pas le courage de douter de cette chose, à savoir que Dieu le Père le mettait avec son Fils".100 Les compagnons devinrent les Compagnons de Jésus, intimement associés à l'oeuvre de rédemption du Christ ressuscité, cette oeuvre qui était poursuivie dans et par l'Eglise travaillant dans le monde. Le service de Dieu dans le Christ Jésus devint un service dans l'Eglise et de l'Eglise dans sa mission rédemptrice.

En 1539, les Compagnons, qui étaient maintenant dix, furent favorablement accueillis par le Pape Paul III et la Compagnie de Jésus fut officiellement approuvée en 1540; quelques mois plus tard, Ignace était élu son premier Supérieur Général.

 Table des matières

La Compagnie de Jésus s'engage dans l'éducation: 1540 - 1556.

Bien que tous ces premiers compagnons d'Ignace fussent diplômés de l'Université de Paris, les institutions d'éducation n'entraient pas dans les premiers desseins de la Compagnie de Jésus. Dans la présentation qu'en donne la "Formule" soumise à l'approbation de Paul III, la Compagnie de Jésus fut fondée "principalement dans le but de procurer avant tout la défense et la propagation de la foi et le progrès des âmes dans la vie et la doctrine chrétiennes, par des prédications publiques, des leçons et toute autre manière d'exercer le ministère de la Parole divine, par les Exercices Spirituels, par l'enseignement de la doctrine chrétienne aux enfants et aux ignorants, par le réconfort spirituel des fidèles en entendant leurs confessions et en administrant les autres sacrements".101 Ignace voulait que les jésuites soient libres d'aller d'un endroit à l'autre, partout où le besoin était le plus grand; il pensait que des institutions les lieraient et empêcheraient cette mobilité. Mais les Compagnons n'avaient qu'un seul but: "en toutes choses aimer et servir la Divine Majesté";102 ils adopteraient tous moyens leur permettant de mieux réaliser cet amour et ce service de Dieu par le service des autres.

Les résultats positifs que l'on pouvait obtenir par l'éducation des jeunes gens, devinrent rapidement évidents, et il ne fallut pas longtemps pour que les jésuites s'engagent dans cette oeuvre. Ecrivant de Goa en 1542, François Xavier décrivait avec enthousiasme les résultats qu'y obtenaient les jésuites faisant la classe au collège Saint-Paul; Ignace lui répondit en l'encourageant. Un collège avait été établi en Espagne à Gandie, pour la formation de ceux qui se préparaient à entrer dans la Compagnie; devant l'insistance des parents, on commença à y admettre d'autres garçons de la ville en 1546. Le premier "collège jésuite", en tant qu'institution essentiellement faite pour des jeunes élèves laïcs, fut fondée à Messine deux ans plus tard. Et quand il devint évident que l'éducation pouvait servir efficacement, non seule- ment à la formation humaine et spirituelle mais, aussi à la défense de la foi que la réforme menaçait, le nombre des collèges jésuites augmenta très rapidement: avant sa mort en 1556, Ignace approuva personnellement la fondation de 40 écoles. Pendant des siècles, les Ordres religieux avaient contribué à la formation d'étudiants en philosophie et en théologie. Que les membres de ce nouvel Ordre religieux fassent davantage, en enseignant les humanités et en dirigeant des collèges, c'était là quelque chose de nouveau dans la vie de l'Eglise, nécessitant une approbation officielle par décret pontifical.

Ignace pendant ce temps restait à Rome et consacrait les dernières années de sa vie à la rédaction des Constitutions103 de ce nouvel Ordre Religieux.

Inspirées par une même vision que celle des Exercices Spirituels, les Constitutions montrent combien Ignace pouvait unir des fins très hautes aux moyens les plus précis et les plus concrets pour parvenir à ces fins. Divisé en dix "Parties", le livre est comme un manuel de formation à la vie jésuite.

Dans sa première rédaction, la IVème partie donnait des directives pour l'éducation des jeunes gens que l'on formait en tant que jésuites. Comme il approuvait la fondation de nouveaux collèges tandis qu'il écrivait les Constitutions, Ignace révisa partiellement la IVème partie pour y inclure des principes éducatifs devant guider le travail que l'on devait entreprendre dans ces collèges. Cette section des Constitutions est donc la meilleure source nous donnant la pensée explicite et directe d'Ignace sur l'apostolat de l'éducation, bien que cette section ait été presque achevée avant qu'il ne réalise tout le rôle que l'éducation jouerait dans le travail apostolique des jésuites.

Le préambule de la IVème Partie définit le but visé: "Le but directement poursuivi par la Compagnie de Jésus est que nous aidions notre âme et celle de notre prochain à atteindre la fin ultime pour laquelle elles ont été créées. Pour y parvenir, avec l'exemple de notre vie, la doctrine et la manière de présenter celle-ci sont aussi nécessaires".104

Les priorités dans la formation des jésuites sont devenues les priorités de l'éducation jésuite: insistance sur les humanités, qui seront suivies par la philosophie et la théologie,105 un ordre qui doit être soigneusement gardé dans l'étude des différentes branches des connaissances,106 la répétition des matières enseignées,107 une participation active des étudiants à leur propre éducation.108 On devrait consacrer beaucoup de temps à développer le don d'écrire.109 Le rôle du Recteur, en tant que centre de l'autorité, de l'inspiration et de l'unité, est essentiel.110 Il ne s'agissait pas là de nouvelles méthodes pédagogiques; Ignace savait bien ce qu'était un manque de méthodes et quelles étaient les méthodes de nombreuses écoles, particulièrement les méthodes très étudiées de l'Université de Paris. Il choisit et adapta celles qui seraient le plus efficaces pour réaliser les desseins de l'éducation jésuite.

Quand il parle explicitement des collèges pour des élèves laïcs, au chapitre 7 de la IVème Partie, Ignace n'est très précis que sur quelques points. Il demande avec insistance, par exemple, que les élèves soient "bien instruits dans la doctrine chrétienne".111 Conformément au principe fondamental qu'il n'y aurait pas de "rémunération temporelle" pour aucun ministère jésuite, aucune scolarité ne serait demandée.112 Excepté pour ces points et quelques autres détails, Ignace se contente d'appliquer un principe fondamental que l'on trouve dans les Constitutions: "puisque dansles cas particuliers on doit s'attendre à une grande diversité suivant les circonstances de lieux et de personnes, on ne descendra pas davantage ici dans les détails; il y aura pour chaque collège des règles qui s'appliquent à tous ses besoins.113 Dans une note, rédigée plus tard, il ajoute cette suggestion: "On pourra adapter aux autres collèges les points qui leur conviennent dans les Règles du Collège Romain".114

Dans sa correspondance, Ignace promit de développer davantage les règles ou principes de base qui devaient gouverner tous les collèges; mais il insista pour dire qu'il ne pouvait pas énoncer ces principes aussi longtemps qu'il ne pourrait les tirer des expériences concrètes faites par ceux qui étaient effectivement engagés dans l'oeuvre de l'éducation. Au matin du 3l juillet 1556, Ignace mourait avant d'avoir pu remplir sa promesse.

Le "Ratio Studiorum" et l'histoire plus récente

Parmi les premiers jésuites, tous n'étaient pas d'accord pour que la Compagnie s'engage dans des collèges; ce fut là l'objet d'affrontements qui durèrent jusqu'au milieu du 17ème siècle. Néanmoins, l'engagement des jésuites dans l'éducation s'est poursuivi à un rythme assez rapide. Sur les 40 écoles qu'Ignace avait personnellement approuvées, au moins 35 étaient en pleine activité quand il mourut, bien que le nombre total des jésuites ne fut même pas de 1.000. En quarante ans, le nombre des collèges jésuites atteignit le chiffre de 245. La mise au point d'un document décrivant des principes communs à tous les collèges jésuites devenait une nécessité concrète.

Les Supérieurs jésuites qui se succédèrent encouragèrent les échanges d'idées à partir d'expériences concrètes en sorte que, sans violer le principe d'Ignace, où il faut tenir compte des "circonstances de lieux et de personnes", un programme de base et une pédagogie de base puissent être mis au point à partir de ces expériences, programme et pédagogie qui seraient communs à tous les collèges jésuites. Il s'ensuivit une période d'échanges intenses entre les collèges de la Compagnie.

Les premières rédactions d'un document commun prirent pour base, comme l'avait désiré Ignace, les "Règles du Collège Romain". Une commission internationale de six Jésuites fut nommée par le Père Général, Claude Acquaviva; ces Pères se réunirent à Rome pour adapter et modifier ces premières rédactions à partir des expériences faites dans d'autres parties du monde. En 1586 et de nouveau en 1591, ce groupe publia un texte plus développé qui fut largement répandu afin qu'il soit l'objet de commentaires et de corrections. De nouveaux échanges, des réunions de la Commission et un travail de rédaction aboutirent, en fin de compte, à la publication d'un Ratio Studiorum115 définitif le 8 janvier 1599.

La version définitive du Ratio Studiorum, ou "Plan d'Etudes" pour les collèges jésuites, est un manuel qui aide enseignants et cadres administratifs dans la marche quotidienne du collège; c'est un ensemble de "règles" ou directives pratiques concernant des questions telles que le gouvernement du collège, la formation et la répartition des enseignants, le programme d'études et les méthodes d'enseignement. Comme la IVème Partie des Constitutions, c'est moins une oeuvre originale qu'un recueil des méthodes éducatives les plus efficaces de l'époque, méthodes testées et adaptées en fonction des buts poursuivis par les collèges jésuites.

Il y est très peu fait explicitement référence aux principes sous- jacents découlant de l'expérience d'Ignace et de ses Compagnons, tels qu'ils se trouvent dans les premières versions, mais furent présupposés dans l'édition définitive de 1599. Les relations entre enseignants et élèves, pour prendre un exemple, doivent être sur le modèle des rapports entre celui qui donne les Exercices et celui qui les fait; les auteurs du Ratio, comme presque tous les enseignants des collèges, étant jésuites, cela pouvait sembler aller de soi. Bien que cela ne soit pas expressément dit, l'esprit qui anime le Ratio, comme l'esprit qui inspira les premiers collèges jésuites, était la vision ignatienne du monde.

Le processus qui avait conduit à la publication du Ratio créa un "système" de collèges dont la vigueur et l'influence reposait sur un esprit commun qui se manifesta dans des principes pédagogiques communs fondés sur l'expérience, mis au point et adaptés grâce à des échanges constants. Ce fut le premier "système" éducatif que le monde ait jamais vu.

Ce système se développa et se répandit pendant plus de deux cents ans, mais trouva une fin soudaine et tragique. Quand la Compagnie de Jésus fut supprimée sur l'ordre du Pape en 1773, un réseau de 845 institutions d'éducation, répandues à travers l'Europe et les Amériques, l'Asie et l'Afrique, fut en très grande partie détruit. Quelques collèges jésuites restèrent dans les territoires de Russie, où la suppression de la Compagnie ne fut jamais effective.

Lorsque Pie VII fut sur le point de rendre la vie à la Compagnie de Jésus en 1814, l'une des raisons qu'il donna pour cette décision fut que "l'Eglise catholique pourrait ainsi bénéficier de nouveau de leur expérience d'éducateurs".116 L'oeuvre de l'éducation reprit presque immédiatement; et peu de temps après, en 1832, une révision du Ratio Studiorum était publiée à titre expérimental. Mais cette révision ne fut jamais définitivement approuvée. Les tempêtes de l'Europe du 19ème siècle, les révolutions, l'expulsion des jésuites de plusieurs pays et donc de leur collèges, empêchèrent tout véritable renouveau dans l'éducation jésuite; assez souvent la Compagnie elle-même était divisée, et les institutions d'éducation étaient embrigadées comme soutien idéologique de l'un ou l'autre parti des nations en guerre. Toutefois, malgré les difficultés, les collèges de la Compagnie se développèrent de nouveau, surtout dans les jeunes nations de l'Amérique, de l'Inde et de l'Asie Orientale.

Au 20e. siècle, surtout depuis la deuxième guerre mondiale, les collèges jésuites se sont beaucoup développés en taille et en nombre, un nouvel esprit a germé grâce aux décrets de plusieurs congrégations générales. La mise en oeuvre du second concile du Vatican fut incorporée dans le décret 28 de la XXXIe. Congrégation Générale. Aujourd'hui, l'apostolat jésuite de l'éducation s'étend à plus de 2.000 institutions d'éducation, avec une extraordinaire variété de types et de niveaux. 10.000 Jésuites travaillent en étroite collaboration avec près de 100.000 laïcs pour l'éducation de plus de l.500.000 jeunes et adultes dans 56 pays du monde.

Il ne peut plus s'agir du "système" unifié du 17ème siècle. Bien que certains principes du Ratio original restent valables aujourd'hui, un programme d'études et des structures uniformes imposés à tous les collèges à travers le monde ont laissé place aux besoins précis de cultures et de convictions religieuses différentes, ainsi qu'à la mise au point de méthodes pédagogiques qui varient d'une culture à l'autre.

Cela ne veut pas dire qu'un système jésuite de l'éducation, n'est plus possible. Ce fut un esprit commun, la vision d'Ignace, qui permit aux collèges jésuites du 16ème siècle de mettre au point des principes communs et des méthodes communes; ce fut un esprit commun et un but commun - autant que les principes et les méthodes les plus spécifiques contenus dans le Ratio - qui créèrent le système de collèges jésuites du 17ème siècle. Ce même esprit commun, en même temps que des buts, une politique et des desseins fondamentaux qui en découlent, caractérise les collèges "jésuites" d'aujourd'hui, même lorsque les applications concrètes diffèrent considérablement, même quand nombre de détails de la vie scolaire sont déterminés par des facteurs culturels ou des organismes extérieurs au collège.

Notes

(82) Il existe plusieurs traductions de l'original espagnol et italien, tantôt sous le titre: Le récit du Pèlerin (par A. Thiry, S.J.; Desclée de Brouwer, 1956), tantôt sous celui d'Autobiographie par (A. Guillermou, Editions du Seuil, 1962).
(83) Autobiographie, n. 1.
(84) Ibid., n.6.
(85) Ibid., n.8.
(86) Ibid., n.9.
(87) Ibid., n.17.
(88) Ibid., n.24.
(89) Ibid., n.25.
(90) Ibid., n.27.
(91) Exercices Spirituels, 230 (Voir note 8, ci-dessus).
(92) Autobiographie, n.30.
(93) Ibid, n.99.
(94) Cf. supra note 8.
(95) Autobiographie, n.50.
(96) Cf. supra, note 62.
(97) Autobiographie, n.82.
(98) Ibid., n.85.
(99) Ibid.
(100) Ibid., n.96.
(101) Constitutions [3]; cf. supra, note 7.
(102) Exercices Spirituels, 233.
(103) Cr. supra, note 7.
(104) Constitutions, [307].
(105) Ibid., [35].
(106) Ibid., [366].
(107) Ibid., [375] et [378].
(108) Ibid., [381].
(109) Ibid., [421] à [439].
(110) Ibid., [395].
(111) Ibid., [398].
(112) Ibid., [395].
(113) Ibid., [396]. Le Collège Romain fut fondé par Ignace lui-même en 1551; les commencements en furent très modestes, mais Ignace désirait qu'il devînt le modèle pour tous les collèges jésuites du monde. Avec le temps, il devint une université, dont le nom fut changé après l'unification de l'Italie en celui d'Université Grégorienne.
(114) Le texte latin original du Ratio Studiorum de 1599, en même temps que les premières rédactions, vient d'être publié dans le Volume V des Monumenta Paedagogica Societatis Iesu, per Ladislas Lukacs, S.J. (Institutum Historicum Societatis Iesu, Via dei Penitenzieri, 20, 00l93 Rome, 1986).
(115) Mots tirés de la Bulle Pontificale Sollicitudo Ominum Ecclesiarum du 7 août 1814, rétablissant la Compagnie de Jésus dans le monde.
(116) Appendice I, (175); les noms dont use Ignace pour parler de Dieu se trouvent dans toutes ses oeuvres; voir, par exemple, Exercices, 15,16.
 
 

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