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PRINCIPES D'ÉDUCATION DES JÉSUITES

WUJATable des matières

Avant propos

A tous les supérieurs majeurs

Introduction

Caractéristiques de l'éducation jésuite

prend le monde en compte

aide à la formation totale de chacun

 Inclut la dimension religieuse

instrument apostolique

promeut le dialogue entre foi et culture

autres caractéristiques

Conclusion

Avant-propos

La publication en 1986 des Caractéristiques de l'Education Jésuite marqua un intérêt renouvelé pour l'éducation jésuite parmi les enseignants, les administrateurs, les étudiants, les parents et bien d'autres partout dans le monde. Ils y ont perçu un sens de leur identité et de leur objectif. Ce document traduit en 13 langues a servi de thème central à nombre de séminaires, d'ateliers et d'études. Les réactions ont été extrêmement positives.

Une question a été posée récemment un peu partout dans le monde. Comment les Caractéristiques peuvent-elles être mieux mises en usage par les professeurs ? Comment les valeurs ignatiennes peuvent-elles être incorporées dans une pédagogie pratique à l'usage de l'interaction quotidienne entre professeurs et étudiants en classe?

La Commission Internationale pour l'Apostolat de l'Education Jésuite (ICAJE) a travaillé pendant plus de trois ans pour donner une réponse à cette question. En s'aidant des réactions et des suggestions d'éducateurs laïcs et jésuites du monde entier, sept textes successifs ont été rédigés pour introduire le Modèle Pédagogique Ignatien. Cependant dès le début nous étions persuadés que ce n'était pas un document qui par lui-même pourrait aider les professeurs à faire les adaptations dans l'approche pédagogique et dans les méthodes d'enseignement requises par l'éducation ignatienne.

Les membres de la Commission étaient convaincus que, pour mettre en pratique avec succès le Modèle Pédagogique Ignatien à l'usage des écoles jésuites, il fallait des programmes pour préparer les professeurs dans chaque Province et dans chaque école. Les professeurs ont besoin de plus que d'une introduction de connaissance du Modèle. Ils ont besoin d'une formation pratique qui les engage et les rend capables de réfléchir sur l'expérience d'utilisation confiante et efficace de ces nouvelles méthodes. C'est la raison pour laquelle dès le début ICAJE a travaillé à un projet pour aider les professeurs.

Le Projet de Pédagogie Ignatienne comprend :

un document d'introduction sur le Modèle Pèdagogique Ignatien comme une sorte de développement de la 10e partie des "Caractéristiques"; et

un programme de préparation des professeurs au niveau régional, provincial et de l'école. Les programmes de préparation du corps professoral devraient avoir une durée de trois à quatre ans pour rendre les professeurs capables de maîtriser progressivement les approches pédagogiques ignatiennes et s'y familiariser.

Pour rendre le projet effectif et introduire le corps professoral aux programmes de préparation au Modéle Pédagogique Ignatien et à des méthodes d'enseignement appropriées, des groupes de diverses Provinces ont commencé à s'entraîner. Tout le processus a commencé à la Villa Cavalletti, près de Rome, du 20 au 30 avril 1993. Six éducateurs de chaque continent (au total environ 40 personnes de 26 nations) ont été invitées, à s'entraîner, à apprendre, à mettre en pratique et à assimiler les méthodes pédagogiques plus importantes. Ceux-ci, à leur tour, sont en train de préparer des ateliers de formation pour des équipes dans les Provinces de leur région, qui successivement enseigneront ces programmes de formation au corps professoral de leur institution scolaire.


 

Sans l'aide de l'équipe de formation de Villa Cavalletti et leur participation généreuse à cet atelier international, il n'eut pas été possible de mettre à la disposition de nos professeurs le Projet de Pédagogie ignatienne. Je suis, par conséquent, très reconnaissant à tous les participants qui se sont mis au service de l'éducation jésuite au niveau mondial.

Je remercie particulièrement les membres de la Commission Internationale pour l'Apostolat de l'Education Jésuite qui ont travaillé pendant plus de trois ans à la composition de sept rédactions successives de cette Introduction, et en élaborant les méthodes pédagogiques qui expriment la substance du Projet de Pédagogie ignatienne. Les membres de l'ICAJE représentent l'expérience et les points de vue culturels de tous les coins du monde : les PP. Agustin Alonso (Europe), Anthony Berridge (Afrique et Madagascar), Charles Costello (Amérique du Nord), Daven Day (Asie Orientale), Gregory Naik (Asie Méridionale) et Pablo Sada (Amérique Latine).

Je remercie déjà les Provinciaux, leurs Délégués à l'éducation, les professeurs, les administrateurs, les membres des conseils d'administration, dont l'encouragement et la collaboration dans cet effort global de renouveau de notre apostolat de l'éducation sont décisifs.

Finalement je veux rendre hommage à la généreuse aide financière que nous avons reçue de trois fondations qui désirent garder l'anonymat. Leur participation à nos efforts est un exemple remarquable de l'intérêt et de la collaboration qui caractérisent la communauté éducative de la Compagnie.

Vincent J. Duminuco, S.J. Secrétaire pour l'Education de la Compagnie de Jésus

A tous les supérieurs majeurs

Révérend et cher Père, P.C.!

Depuis la publication, il y a sept ans, des Caractéristiques de l'éducation jésuite, nombreux sont ceux qui travaillant dans le domaine de l'éducation à travers le monde ont exprimé leur gratitude pour ce document. Educateurs laïcs et jésuites y ont découvert un aspect de renouveau, à la fois actuel et fondé sur la spiritualité ignatienne. Avant tout les Caractéristiques ont signalé des idéaux et des objectifs, vers lesquels nos écoles et nos universités peuvent poursuivre leurs efforts dans ce très important ministère de l'éducation.

Tandis que les Caractéristiques affirmaient avec une fraîcheur nouvelle les principes qui doivent inspirer l'éducation jésuite, au cours de ces dernières années de nombreux jésuites et collaborateurs ont demandé de l'aide pour faire passer ces textes dans l'action. Souvent ils demandaient : comment pouvons-nous incarner ces valeurs, ces principes, ces directives dans nos classes? comment pouvons-nous être aidés ainsi que nos collègues dans le ministère de l'éducation pour mettre en pratique ces splendides idéaux? comment pouvons-nous insérer la spiritualité des Caractéristiques dans les détails pratiques de notre vie quotidienne?

La Commission Internationale pour l'Apostolat de l'Education Jésuite (ICAJE) a consacré un certain temps à préparer une réponse pratique à ces questions. Ils ont vite réalisés au cours de leurs réunions que tout renouveau pratique effectif doit s'adresser à la communauté éducative et spécialement aux enseignants. ICAJE avait besoin d'un modèle, d'un exemple, qui à la fois poursuivrait les buts de l'éducation jésuite et citerait des points pratiques pour les enseignants comme pour ceux auxquels ils enseignent. Le Décret no 1 de la 33e Congrégation Générale suggérait un moyen pour esquisser une réponse. La Congrégation, en appelant à un renouveau de tous les ministères de la Compagnie, parlait de "la nécessité de transformer nos manières habituelles de penser dans une interaction constante entre l'expérience, la réflexion et l'action" (cf. plus loin). Fidèle à la manière ignatienne de procéder, cette triple interaction suggérait une piste à suivre pour compléter les Caractéristiques en les adaptant à l'enseignement de tous les jours.

Dans ses efforts pour développer ce modèle, ICAJE a réalisé que pour être complet ce nouveau modèle devait aussi prendre en considération à la fois le contexte des expériences des étudiants et leur évaluation comme étape essentielle pour compléter chaque cycle scolaire. Ces cinq étapes comprennent tout le modèle pédagogique ignatien : contexte, expérience, réflexion, action et évaluation. Je vous envoie un exemplaire de cette Pédagogie ignatienne - approches concrètes. Ce document présente le modèle ignatien et le projet qui s'en inspire.

ICAJE a jugé sagement qu'un Projet pédagogique ignatien doit comporter plus qu'un document d'introduction. Pour être efficaces les enseignants ont besoin d'apprendre et de se rendre familières les méthodes pédagogiques utilisées. C'est pourquoi une fois élaboré le Modèle pédagogique ignatien, ICAJE devait encore réaliser deux autres tâches. La première consistait à formuler une déclaration qui explique la philosophie et les étapes du Modèle qu'introduit cette lettre. La seconde: mettre sur pied un programme de préparation pour enseigner à l'équipe des professeurs la pédagogie ignatienne et en assurer la diffusion à tous les niveaux de région, de province et d'institut, dans le monde entier. Tel était le but du récent "atelier" international qui s'est tenu à la Villa Cavalletti, Rome, du 20 au 30 avril. Prévue essentiellement pour lancer ce programme, cette initiative a réuni des délégués de 26 pays pour apprendre à connaître le modèle, en utiliser les composantes et établir des plans stratégiques de trois à quatre ans pour former d'autres personnes à enseigner ce modèle dans leur propre pays.

Après ces importantes explications, je vous demande deux choses. La première: je vous invite à lire ce document - Pégagogie ignatienne ; approches concrètes. - qui situe clairement le modèle dans la tradition ignatienne de nos écrits spirituels et ceux qui concernent l'éducation. Comme pour le texte antérieur: Les caractéristiques de l'éducation jésuite, je vous demande d'en assurer la plus large diffusion parmi les jésuites et leurs collègues professeurs de vos instituts d'éducation et centres informels d'ensseignement. Je vous suggèrerais donc d'en faire remettre un exemplaire personnel à tous les professeurs (jésuites et laïcs), aux responsables et aux membres des conseils d'administration des établissements scolaires aussi bien que nos collègues dans les centres d'éducation informels et non-formels de votre Province. Un résumé du document pourrait être distribué aux parents des élèves. Souvent cela exigera une traduction, ensuite la multiplication de nombreux exemplaires présentés sous une forme attrayante qui en facilite la lecture. Dans ce but il est souhaitable de solliciter l'aide de votre Délégué pour l'éducation en collaboration sans doute avec les autres Supérieurs Majeurs de votre pays ou de votre Assistance.

Le point important ne sera certes pas le nombre élevé de lecteurs du document, mais le niveau qu'atteindra le renouveau du processus d'enseignement (professeurs et élèves) dans les classes. C'est pourquoi ma seconde requête est peut-être encore plus importante. Je vous demande d'accorder tout votre appui et vos encouragements aux équipes de la région ou de la Province qui organisent et dirigent les projets à longue échéance dans les écoles, collèges et universités aussi bien que les centres d'éducation informels et non-formels jésuites, pour former les enseignants à utiliser le modèle pédagogique ignatien. La réalisation du Projet de pédagogie ignatienne devra tenir compte des circonstances locales toujours en évolution: chaque pays ou région devra s'appliquer à réfléchir sur la signification et les conséquences de la pédagogie ignatienne dans sa situation locale propre et par conséquent élaborer du matériel supplémentaire à appliquer à ce document-programme universel selon les besoins concrets et plus spécifiques de chaque cas.

Je tiens finalement à remercier les membres de la Commission Internationale pour l'Apostolat de l'Education Jésuite pour avoir réalisé ce projet et établi des plans pour sa diffusion dans le monde. C'est un excellent exemple de l'"effet multiplicateur" et comme tel, typiquement ignatien. Bien que ce document ait connu de nombreuses rédactions successives, nous avons finalement entre les mains le message qui aidera et inspirera le coeur et l'esprit de nos professeurs et de nos étudiants. En vous recommandant ce document, je prie pour qu'il soit un pas important dans la poursuite de notre idéal d'éducateurs qui veulent former des hommes et des femmes qui se signaleront par leur compétence, leur honnêteté et leur esprit de service.
 

Fraternellement vôtre dans le Christ,

Peter-Hans Kolvenbach, S.J. Supérieur Général

Rome, le 31 juillet 1993

Introduction

En septembre 1980, un petit groupe international comprenant des jésuites et des laïcs est venu à Rome pour échanger sur plusieurs sujets importants concernant l'éducation secondaire jésuite. En de nombreuses parties du monde, de sérieuses questions avaient été posées concernant l'efficacité actuelle des collèges jésuites. Pouvaient-ils servir à la poursuite des fins apostoliques de la Compagnie de Jésus? Pouvaient-ils répondre aux besoins des hommes et des femmes du monde d'aujourd'hui? Cette rencontre devait examiner ces questions et proposer les moyens d'un renouveau qui permettrait à l'éducation secondaire jésuite de continuer à participer à la mission créatrice et salvatrice de l'Eglise, aujourd'hui et dans l'avenir.

Au cours des journées d'échanges, il devint évident qu'une efficacité renouvelée dépendait en partie d'une intelligence plus claire et plus explicite de la nature propre de l'éducation jésuite. Sans chercher à minimiser les problèmes, le groupe affirma que les collèges jésuites peuvent faire face avec confiance aux défis de l'avenir s'ils demeurent fidèles à leur héritage jésuite propre. La vision d'Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, a été à la base de ces écoles pendant quatre siècles. Si cette visión spirituelle pouvait être affinée et mise en oeuvre, puis appliquée à l'éducation d'une manière adaptée à notre temps, elle assurerait un contexte au sein duquel les autres problèmes pourraient être affrontés.

Le Père Pedro Arrupe, alors Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, a réaffirmé cela quand il prit la parole lors de la clôture de cette rencontre. Il dit qu'une école jésuite

"doit être facilement identifiable comme telle. Beaucoup de choses l'assimileront à d'autres écoles.... Mais si c'est vraiment un collège de la Compagnie, c'est-à-dire si nous y travaillons poussés par les lignes de force propres à notre charisme, avec l'accent propre à nos traits essentiels, avec nos options propres, l'éducation reçue par nos élèves les marquera d'une certaine "ignatienneté" (si vous me permettez ce mot). Il ne s'agit aucunement d'attitudes snob ou arrogantes; il n'y a pas place pour un complexe de supériorité. Mais c'est la conséquence logique du fait que nous vivons et agissons en vertu de ce charisme particulier, et de ce que nous devons rendre dans nos collèges le service que Dieu et l'Eglise veulent que nous rendions". {tip #1::Pedro Arrupe, S.J. "Nos collèges: aujourd'hui et demain", § 10. Conférence donnée à Rome le 13 septembre 1980 et publiée dans Acta Romana Societatis Iesu Volume XVIII (1981). Texte français pp. 277-296. C'est nous qui soulignons certaines expressions. Le titre est abrégé dans la suite sous la forme NCAD.}#1{/tip}

Les délégués de la rencontre de Rome ont recommandé que soit formé un groupe international permanent devant étudier les questions en rapport avec l'éducation secondaire, et ont insisté pour que l'une des premières responsabilités de ce groupe soit de clarifier les moyens grâce auxquels la vision d'Ignace fait encore aujourd'hui de l'éducation secondaire jésuite quelque chose de bien distinct.

Pour répondre à cette recommandation fut créée la Commission Internationale pour l'Apostolat de l'Education Jésuite (CIAE- SJ). Elle s'est réunie pour la première fois en 1982. Ses membres sont Daven Day,S.J. (Australie), Vincent Duminuco,S.J. (Etats-Unis d'Amérique), Luiz Fernando Klein, S.J. (Brésil; depuis 1983), Raimondo Kroth, S.J. (Brésil; jusqu'en 1983), Guillermo Marshall, S.J. (Chili; jusqu'en 1984), Jean-Claude Michel, S.J. (Zaïre), Gregory Naik, S.J. (Inde), Vicente Parra, S.J. (Espagne), Pablo Sada, S.J. (Vénézuéla), Alberto Vasquez (Chili; depuis 1984), Gerard Zaat, S.J. (Pays-Bas) et James Sauvé, S.J. (Rome).

Le présent document, oeuvre du CIAE-SJ, est le fruit de quatre années de rencontres et de consultations à travers le monde entier.


Toute tentative de parler de l'éducation jésuite aujourd'hui doit tenir compte des changements profonds qui ont influencé et affecté cette éducation, - depuis l'époque d'Ignace, mais spécialement au cours du siècle actuel. En bien de pays aujourd' hui, les lois gouvernementales ou l'influence d'organisations extérieures affectent de nombreux aspects de la vie de l'école, y compris les programmes et les manuels utilisés. Dans certains pays, la politique du gouvernement ou le prix élevé des pensions menace jusqu'à l'existence de l'éducation privée. En bien des cas, les élèves et leurs parents semblent ne se préoccuper que de succès scolaires qui assureront accès à l'enseignement supérieur, ou seulement des disciplines qui aideront à trouver un emploi. Aujourd'hui de nombreux collèges jésuites sont mixtes; et des femmes sont venues se joindre aux laïcs et aux jésuites comme professeurs et membres du personnel administratif. En bien des collèges jésuites le nombre des élèves s'est sensiblement accru, tandis que dans le même temps on voyait diminuer le nombre des jésuites travaillant dans ces collèges.

De plus:

 a. Le programme des études a été modifié en raison des progrès modernes de la science et de la technologie: l'addition de cours scientifiques a eu pour résultat une moins grande insistance, en certains cas une totale négligence, concernant les études humanistes sur lesquelles insistait traditionnellement l'éducation jésuite.

b.La psychologie de la croissance et les sciences sociales, jointes aux progrès des théories pédagogiques et de l'éducation elle-même, ont jeté un nouvel éclairage sur la manière dont des jeunes apprennent et mûrissent en tant qu'individus au sein d'une communauté; ceci a eu une influence sur le contenu des programmes, sur les techniques d'enseignement et sur la politique des collèges.

c. Au cours des années récentes, le développement de la théologie a explicitement reconnu et encouragé le rôle apostolique des laïcs dans l'Eglise; ceci a été ratifié par le Second Concile du Vatican, particulièrement dans son Décret "Sur l'Apostolat des Laïcs"{tip #2::Le document officiel est en latin sous le titre: Apostolicam Actuositatem. Diverses traductions françaises se trouvent dans les éditions des Actes du Concile.}#2{/tip}. Faisant écho à cette théologie, les récentes Congrégations Générales de la Compagnie de Jésus ont insisté sur la collaboration entre laïcs et jésuites, communiant ensemble dans un même sens du but poursuivi et dans un authentique partage des responsabilités dans des collèges jusqu'alors exclusivement contrôlés et dirigés par des jésuites.

d. La Compagnie de Jésus s'est engagée au "service de la foi dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue"3 et a demandé de "réévaluer nos méthodes apostoliques traditionnelles, nos attitudes, nos institutions en vue de les adapter aux exigences nouvelles de notre époque, et, plus largement, d'un monde en rapide changement"4. Pour répondre à cet engagement, buts et possibilités de l'éducation sont examinés avec un souci renouvelé des pauvres et des défavorisés. Le but de l'éducation jésuite est maintenant défini comme étant la formation d'"agents multiplicateurs" et d'"hommes-et-de-femmes-pour-les-autres" 5

e. Elèves et professeurs des collèges jésuites proviennent aujourd'hui d'une grande diversité de groupes sociaux, de cultures, et de religions; certains sont même sans aucune foi religieuse. Beaucoup de collèges jésuites ont été profondément marqués par cette riche mais exigeante complexité de la communauté éducative.

 
 

Ces développements et bien d'autres ont affecté des aspects concrets de la vie du collège et ont modifié sa politique fondamentale. Mais ils ne modifient en rien la conviction qu'un esprit propre marque encore tout collège qui peut vraiment être appelé "jésuite". Cet esprit propre peut être découvert en réfléchissant sur l'expérience vécue d'Ignace lui-même, sur les moyens avec lesquels il a partagé avec d'autres cette expérience vécue, sur la façon dont Ignace lui-même a appliqué son expérience à l'éducation dans les Constitutions et dans ses lettres, et sur les moyens grâce auxquels cette expérience s'est développée et a été appliquée au cours de l'histoire, y compris jusqu'à l'époque actuelle. Un même esprit est à la base de la pédagogie, des programmes et de la vie de l'école, même s'ils diffèrent beaucoup de ceux des siècles précédents et si des détails plus concrets de la vie des collèges peuvent grandement différer d'un pays à l'autre.

L'adjectif "propre" ne veut pas signifier "unique", qu'il s'agisse de l'esprit ou de la méthode. Notre but est plutôt de décrire "notre manière de faire": l'inspiration, les valeurs, les attitudes et le style qui ont traditionnellement caractérisé l'éducation jésuite, qui doivent être caractéristiques de tout collège vraiment jésuite où qu'il se trouve, et qui demeureront essentiels tandis que nous avancerons vers l'avenir.

Parler d'une inspiration venue dans les collèges jésuites par la Compagnie de Jésus ne signifie pas pour autant une exclusion de ceux qui ne sont pas membres de cette Compagnie. Bien que le collège soit normalement dit "jésuite", la vision est plus exactement dite "ignatienne", et ne s'est jamais limitée aux seuls jésuites. Ignace était lui-même laïc quand il a expérimenté l'appel de Dieu qu'il décrivit plus tard dans les Excercices Spirituels, et il dirigera de nombreux autres laïcs en les faisant passer par la même expérience; au cours des quatre derniers siècles, un très grand nombre de laïcs et des membres d'autres Congrégations religieuses ont partagé cette source d'inspiration et ont été marqués par elle. Bien plus: les laïcs doivent apporter leur contribution personnelle, se fondant sur leur expérience de Dieu en famille et dans la société, ainsi que sur leur rôle propre dans L'Eglise ou dans leur culture religieuse. Une telle contribution enrichira l'esprit et accroîtra l'efficacité d'un collège jésuite.

La description qui suit concerne les jésuites, les laïcs et les autres religieux travaillant dans les collèges jésuites; elle est faite pour enseignants et gens de l'administration, parents et conseils d'administration d'un collège jésuite. Tous sont invités à travailler ensemble à rendre la tradition ignatienne, adaptée à notre temps, plus efficacement présente dans la politique et les pratiques qui déterminent la vie du collège.

 Les caractéristiques de l'éducation jésuite

La description qui suit concerne les jésuites, les laïcs et les autres religieux travaillant dans les collèges jésuites; elle est faite pour enseignants et gens de l'administration, parents et conseils d'administration d'un collège jésuite. Tous sont invités à travailler ensemble à rendre la tradition ignatienne, adaptée à notre temps, plus efficacement présente dans la politique et les pratiques qui déterminent la vie du collège.

Un court sommaire historique de la vie d'Ignace et du développement de l'éducation jésuite est ajouté en Appendice I. La lecture de ce sommaire donnera à ceux qui sont moins familiarisés avec l'histoire d'Ignace et des premiers jésuites une meilleure intelligence de la vision spirituelle qui est à la base des caractéristiques de l'éducation jésuite.

Afin de bien mettre en lumière les rapports entre les caractéristiques de l'éducation jésuite et la vision spirituelle d'Ignace, les vingt-huit caractéristiques essentielles énumérées dans les pages suivantes sont divisées en neuf sections. Chaque section commence avec une déclaration tirée de la vision ignatienne et est suivie par les caractéristiques pédagogiques en lien avec cette déclaration; chacune de ces caractéristiques est alors décrite plus en détail. Une dixième section suggère, à titre d'exemple, quelques caractéristiques de la pédagogie jésuite.

Les déclarations d'introduction viennent directement de la vision du monde propre à Ignace. Les caractéristiques de l'éducation jésuite viennent d'une réflexion sur cette vision, l'appliquant à l'éducation à la lumière des besoins des hommes et des femmes d'aujourd'hui. (La vision ignatienne du monde et les caractéristiques jésuites sont données sur deux colonnes parallèles dans l'appendice II. Les notes de cet appendice rappellent les sources de chacune des déclarations qui résument la vision ignatienne).

Certaines caractéristiques s'appliquent à des groupes définis: élèves, anciens élèves, enseignants, parents. D'autres s'apppliquent à la communauté éducative dans son ensemble. D'autres encore, concernant la politique et les pratiques de l'institution en tant que telles, s'appliquent avant tout aux responsables de l'administration de l'institution ou à son Conseil d'Administration.

Ces pages ne parlent pas des difficultés très réelles pour tous ceux qui sont engagés dans l'éducation: la résistance des élèves et leurs problèmes de discipline, la lutte à mener face à une foule d'exigences opposées venant des employés, des élèves, des parents et d'autres personnes, le manque de temps pour réfléchir, le découragement et les désillusions qui semblent inhérents à toute oeuvre d'éducation. Elles ne parlent pas non plus des difficultés de la vie moderne en général. Ce n'est pas pour ignorer ou minimiser ces problèmes. Tout ou contraire, il ne serait pas du tout possible de parler d'éducation jésuite si on ne pouvait compter sur le dévouement de tous ces gens, jésuites ou laïcs, qui continuent à se consacrer totalement à l'éducation malgré frustrations et échecs. Ce document ne tentera pas de proposer des solutions faciles à des problèmes difficiles; mais il tentera de donner une vision ou une source d'inspiration pouvant faire que la lutte de chaque jour prenne une signification et porte un plus grand fruit.

La description de l'éducation jésuite est donnée par le document dans son ensemble. Une lecture partielle peut donner une image déformée semblant ignorer les traits essentiels. Un engagement envers la foi qui fait la justice, pour prendre un exemple, doit pénétrer l'ensemble de l'éducation jésuite, - bien que cela ne soit pas décrit dans le document avant la cinquième section.

Parce qu'elles s'appliquent aux écoles secondaires jésuites du monde entier, les caractéristiques sont décrites sous une forme quelque peu générale et schématique. Elles ont besoin d'être développées et appliquées concrètement aux situations locales. C'est pourquoi ce document veut être une source de réflexion et d'étude plutôt qu'une oeuvre achevée.

Toutes les caractéristiques ne seront pas présentes dans la même mesure dans chaque collège; dans certaines circonstances, une déclaration peut proposer un idéal plutôt qu'une réalité présente. "Les circonstances de temps, de lieux, de personnes et d'autres facteurs semblables"7 doivent être pris en compte: le même esprit de base se concrétisera de différentes manières en différentes situations. Pour éviter de faire des distinctions dépendant de circonstances locales et pour éviter de répéter sans cesse "on souhaite que" sur un ton peu réaliste, ou "il faut que" sur le ton impératif, les caractéristiques sont données à l'indicatif présent: "L'éducation jésuite est...."

Pour Ignace, Dieu est le Créateur et le Seigneur, la suprême Bonté, la seule Réalité qui soit absolue; toute autre réalité vient de Dieu et n'a de valeur que dans la mesure où elle nous conduit à Dieu8. Ce Dieu est présent dans nos vies, travaillant pour nous"9 en toutes choses; il peut être découvert, par la foi, dans tous les événements naturels et humains, dans l'histoire prise dans son ensemble, et plus spécialement dans l'expérience vécue par chaque personne individuellement.

L'éducation jésuite:

1 - prend le monde en compte :

L'éducation jésuite reconnaît Dieu comme l'auteur de toute réalité, de toute vérité et de toute connaissance. Dieu est présent et à l'oeuvre dans toute la création: dans la nature, dans l'histoire et dans les personnes. Aussi l'éducation jésuite affirme-t-elle la bonté radicale du monde "empli de la grandeur de Dieu"10, et regarde-t-elle chaque élément de la création comme digne d'être étudié et contemplé, susceptible d'une exploration sans fin.

L'éducation dans une institution jésuite essaie de créer un sens de l'admiration et du mystère en apprenant ce qu'est la création de Dieu. Une connaissance plus complète de la création peut conduire à une connaissance plus grande de Dieu et à une plus grande disposition à travailler avec Dieu à sa création permanente. Les cours sont donnés de manière à ce que les élèves, en reconnaissant humblement la présence de Dieu, découvrent la joie d'apprendre et la soif d'une connaissance toujours plus grande et plus profonde.

2 - aide à la formation totale de chacun au sein de la communauté humaine.

Dieu se révèle spécialement dans le mystère de la personne humaine "créée à l'image et à la ressemblance de Dieu"11. Aussi l'éducation jésuite sonde la signification de la vie humaine et se soucie de la formation totale de chaque élève en tant qu'individu personnellement aimé par Dieu. L'objectif de l'éducation jésuite est d'aider au développement le plus complet possible de tous les talents donnés par Dieu à chaque personne en tant que membre de la communauté humaine.

Une formation intellectuelle saine et complète inclut une maîtrise des disciplines humanistes et scientifiques de base, grâce à une étude attentive et soutenue fondée sur un enseignement compétent et bien motivé. Cette formation intellectuelle inclut une capacité toujours plus grande de raisonner d'une manière réfléchie, logique et critique.

Tout en continuant à mettre l'accent sur les études humanistes traditionnelles, essentielles pour une intelligence de la personne humaine, l'éducation jésuite comprend aussi une étude sérieuse et critique de la technologie en même temps que des sciences physiques et sociales.

Dans une éducation jésuite on donne un soin particulier au développement de l'aspect imaginatif, affectif et créateur dans tous les cours. Ces dimensions enrichissent l'étude et l'empêchent d'être purement intellectuelle. Elles sont essentielles pour la formation de toute la personne et sont un moyen de découvrir Dieu en tant que se révélant dans la beauté. Pour ces mêmes raisons, l'éducation jésuite comprend, aussi bien au moyen de cours que d'activités extra-scolaires, des occasions données à tous les élèves d'acquérir le goût de la littérature, de l'esthétique, de la musique et des beaux-arts.

Les collèges jésuites du 17ème siècle étaient connus pour la place donnée aux arts de la communication, à l'"éloquence", et cela avec un accent mis sur les essais, le théâtre, les discours, les débats, etc. Dans le monde d'aujourd'hui, tellement dominé par les moyens de communication, le développement des techniques d'une communication efficace est plus nécessaire que jamais. Aussi l'éducation jésuite développe-t-elle les techniques traditionnelles de la parole et de l'écriture; elle aide aussi les élèves à user facilement des instruments modernes de communication comme le cinéma et la vidéo.

Une prise de conscience de l'influence envahissante des mass media sur les attitudes et la manière de percevoir des peuples et des cultures est aussi importante dans le monde d'aujourd'hui. C'est pourquoi l'éducation jésuite intègre des programmes rendant les élèves capables de comprendre et d'évaluer critiquement l'influence de mass media. Grâce à une éducation adaptée, ces instruments de la vie moderne peuvent aider les hommes et les femmes à devenir davantage plutôt que moins humains.

Une éducation de toute la personne implique un développement physique en harmonie avec les autres aspects de l'éducation. Aussi l'éducation jésuite comprend-elle un programme bien articulé de sports et d'éducation physique. Les programmes de sports ne fortifient pas seulement le corps; ils aident les jeunes à apprendre à accepter généreusement aussi bien les succès que les échecs; les jeunes prennent conscience de la nécessité de collaborer avec d'autres, en utilisant les meilleures qualités de chacun pour le plus grand avantage de tout le groupe.

Tous ces aspects distincts du processus éducatif ont un but commun: la formation d'une personne équilibrée, avec une philosophie de la vie personnellement acquise et qui inclut des habitudes constantes de réflexion. Pour aider à une telle formation, les cours sont reliés les uns aux autres au sein d'un programme éducatif bien établi; chaque aspect de la vie du collège contribue au développement complet de chaque individu.12

Ce qui est vraiment humain n'étant découvert que dans des relations avec les autres fondées sur des attitudes de respect, d'amour et de service, l'éducation jésuite souligne - et aide à développer - le rôle de chaque individu comme membre de la communauté humaine. Les élèves, les enseignants et tous les membres de la communauté éducative sont encouragés à établir une solidarité avec les autres qui transcende la race, la culture ou la religion. Dans un collège jésuite, on insiste sur les bonnes manières; l'atmosphère est telle que tous peuvent vivre et travailler ensemble dans la compréhension et l'amour mutuel, dans le respect de tous les hommes et de toutes les femmes en tant qu'enfants de Dieu.

3 - inclut une dimension religieuse qui pénètre toute l'éducation.

Chaque discipline enseignée dans l'école pouvant être un moyen de découvrir Dieu, tous les enseignants partagent la responsabilité de la dimension religieuse de l'école. Cependant, le facteur d'intégration dans le processus de découverte de Dieu et d'intelligence du vrai sens de la vie humaine est la théologie, proposée et présentée à travers une éducation religieuse et spirituelle. La formation religieuse et spirituelle fait intégralement partie de l'éducation jésuite; elle ne s'ajoutée pas au processus éducatif et n'en est pas distincte.

L'éducation jésuite essaie de favoriser l'action de l'Esprit à l'oeuvre dans chacun en donnant la possibilité d'une réponse de foi à Dieu, tout en reconnaissant en même temps que la foi ne peut être imposée.13 Dans toutes les classes, dans le climat de l'école et très spécialement dans les cours d'instruction religieuse, tout est fait pour présenter la possibilité d'une réponse de foi à Dieu comme une chose vraiment humaine, nullement opposée à la raison, et pour développer les valeurs qui permettent de résister à la séculari- sation de la vie moderne. Un collège jésuite fait tout ce qu'il peut pour répondre à la mission donnée à la Compagnie de Jésus de "résister à l'athéisme avec la vigueur de forces unies dans ce but".14

Chaque aspect du processus éducatif peut conduire, en dernière analyse, à l'adoration de Dieu présent et à l'oeuvre dans la création, et au respect envers la création, en tant que celle-ci est un miroir de Dieu. Adoration et respect font partie de la vie de la communauté scolaire; ils s'expriment dans la prière personnelle et dans les formes communautaires appropriées du culte. Tout progrès au plan de l'intelligence, de l'imagination, de l'affectivité, de la créativité et du développement physique, tout éveil au sens de l'admiration que favorisent chacun des cours et la vie du collège dans son ensemble, tout cela peut aider les élèves à découvrir l'action de Dieu dans l'histoire et dans la création.


4 - est un instrument apostolique15

Tout en respectant l'ensemble des disciplines à enseigner, une éducation jésuite se préoccupe de la préparation à la vie, elle-même préparation à la vie éternelle. La formation de l'individu n'est pas une fin abstraite; l'éducation jésuite se préoccupe aussi de la manière dont les élèves utiliseront ce qui les a formés au sein de la communauté humaine, au service des autres "pour louer, respecter et servir Dieu".16 Le succès d'une éducation jésuite ne se mesure pas en termes de succès scolaires des élèves ou de compétence professionnelle des professeurs, mais bien plutôt en termes définissant cette qualité de vie.

5 - promeut le dialogue entre foi et culture.

Croyant que Dieu est à l'oeuvre dans toute la création et dans toute l'histoire humaine, l'éducation jésuite promeut le dialogue entre foi et culture, ce qui inclut un dialogue entre foi et science. Ce dialogue reconnaît que les personnes comme les structures culturelles sont humaines, imparfaites et parfois marquées par le péché, et ayant besoin de conversion;17 en même temps il découvre Dieu se révélant de manières diverses et distinctes dans la culture. L'éducation jésuite encourage donc le contact avec d'autres cultures et une authentique manière de les apprécier, afin de reconnaître d'une manière créative et critique les apports et les manques de chacune.

L'éducation jésuite s'adapte aux besoins et à la culture du pays dans lequel le collège se trouve;18 cette adaptation, tout en encourageant un "sain patriotisme", n'est pas acceptation aveugle des valeurs nationales. Les notions de "contact avec", "appréciation authentique", et de "critique créative" s'appliquent aussi à la culture et au pays de chacun. Le but est toujours de découvrir Dieu présent et à l'oeuvre dans la création et dans l'histoire.

 
L'éducation jésuite insiste sur le soin donné à chacun et le souci de chaque individu.

Toute personne est personnellement connue et aimée par Dieu. Cet amour appelle une réponse qui, pour être authentiquement humaine, doit être l'expression d'une liberté radicale. C'est pourquoi, pour répondre à l'amour de Dieu, chacune est appelée à être:

- libre de donner d'elle-même, en acceptant la responsabilité et les conséquences de ses actions: libre d'être fidèle;

- libre de travailler dans la foi en vue du vrai bonheur qui est le but de la vie: libre d'oeuvrer avec d'autres au service du Royaume de Dieu pour la rédemption de la création.

Les jeunes qui sont les élèves d'une institution jésuite n'ont pas encore atteint leur pleine maturité; le processus éducatif tient compte des étapes du développement propre à toute croissance intellectuelle, affective et spirituelle et il aide chaque élève à mûrir progressivement en tous ces domaines. Ainsi l'ensemble des études est centré sur la per- sonne, bien plutôt que sur un programme à assurer. Chaque élève a la possibilité de rechercher et d'atteindre des objectifs à un rythme adapté à ses possibilités personnelles ainsi qu'aux caractéristiques de sa personnalité.

Le progrès dans un usage responsable de la liberté est facilité par des relations personnelles entre élèves et enseignants. Les enseignants et les cadres, aussi bien jésuites que laïcs, sont davantage que des guides du travail scolaire. Ils sont engagés dans la vie des élèves, s'intéressant personnellement au développement intellectuel, affec- tif, moral et spirituel de chaque élève, aidant chacun à développer en lui-même un sens de sa propre valeur et à devenir un individu responsable au sein de la communauté. Tout en respectant la vie privée des élèves, ils sont prêts à entendre leurs soucis et leurs problèmes concernant le sens de la vie, à partager leurs joies et leurs peines, à faciliter leur développement personnel et leurs relations avec les autres. De cette manière et de bien d'autres façons, les adultes de la communauté éducative aident les élèves à développer un ensemble de valeurs en vue de décisions qui vont bien au delà du seul individu et cherchent à pouvoir répondre aux besoins des autres. Ils essaient de vivre de manière à ce que leur vie personnelle puisse être un exemple pour les élèves et ils sont disposés à partager les expériences de leur propre vie. La "cura personalis" (le souci de chaque personne) demeure une caractéristique essentielle de l'éducation jésuite.19

La liberté comprend des responsabilités au sein de la communauté. La "cura personalis" ne se limite pas aux rapports entre enseignants et élèves; elle concerne l'ensemble des études et la totalité de la vie de l'institution. Tous les membres de la communauté éducative se préoccupent et apprennent les uns des autres. Les rapports entre élèves et aussi entre adultes (laïcs et jésuites, cadres administratifs, enseignants, personnel auxiliaire) manifestent ce même soin. Un souci des personnes s'étend aussi aux anciens élèves, aux parents et aux élèves au sein de leur famille.

 Activité des élèves dans les études.

La croissance en maturité et en autonomie qui sont des qualités indispensables pour une croissance en liberté dépend d'une participation active plutôt que d'un accueil passif. Des pas importants dans cette direction seront le travail personnel, les possibilités données à une découverte personnelle et à la créativité, une attitude de réflexion. L'enseignant a pour tâche d'aider chaque élève à devenir quelqu'un qui apprend d'une manière autonome à assumer lui-même la responsabilité de sa formation personnelle.

Une ouverture de toute la vie à la croissance


L'éducation étant un processus qui dure toute la vie, l'éducation jésuite essaie d'inculquer une joie d'apprendre et un désir d'apprendre qui persisteront bien après le temps de l'école. "Plus que la formation que nous leur donnons, peut-être importe la capacité et le désir de poursuivre la formation que nous aurons su mettre en eux.

Apprendre est important; mais il est beaucoup plus important d'apprendre à apprendre et de désirer continuer à apprendre pendant toute la vie".20

Des relations personnelles avec les élèves aideront les adultes de la communauté éducative à être ouverts au changement, à continuer à apprendre; ils seront ainsi plus effi- caces dans leur travail. Ceci est particulièrement important aujourd'hui en raison des changements rapides de la culture et de la difficulté que peuvent rencontrer les adultes pour comprendre et interpréter correctement les pressions culturelles qui s'exercent sur les jeunes.

L'éducation jésuite reconnaît que la croissance intellectuelle, affective et spirituelle se poursuit pendant toute la vie. Les adultes de la communauté éducative sont encouragés à continuer à mûrir en tous ces domaines, et des programmes de formation permanente sont assurés pour les aider dans cette croissance.21

Les effets du péché et la liberté

Par suite du péché et des effets du péché, la liberté de répondre à Dieu n'est pas automatique. Aidés et fortifiés par l'amour rédempteur de Dieu, nous sommes engagés dans une lutte constante pour déceler et combattre les obstacles qui s'opposent à la liberté  - y compris les effets du péché -, tout en développant les capacités nécessaires pour l'exercice d'une vraie liberté.

a. Cette liberté requiert que l'on se connaisse, s'aime et s'accepte vraiment soi-même en même temps que l'on soit déterminé à se libérer de tout attachement désordonné: à la richesse, à la renommée, à la santé, au pouvoir ou à toute autre chose, à la vie elle-même.

b.Une vraie liberté requiert aussi que l'on connaisse d'une manière réaliste les diverses forces présentes dans le monde qui nous entoure; elle suppose que l'on se libère d'une perception gauchie de la réalité, de valeurs erronées et d'attitudes rigides ou d'idéologies étroites.

c. Pour travailler en vue de cette liberté, on doit apprendre à reconnaître les influences pouvant promouvoir ou limiter la liberté, et à agir en conséquence; ce sont les mouvements de notre coeur, les expériences passées de toutes sortes, nos réactions face aux autres, toute la dynamique de l'histoire, des structures sociales et de la culture.

L'éducation jésuite est orientée vers des valeurs

L'éducation jésuite comprend une formation à des valeurs, à des attitudes et à une capacité à évaluer les critères; c'est dire qu'elle inclut une formation de la volonté. La connaissance du bien et du mal ainsi que de la hiérarchie des différentes biens étant nécessaire à la fois pour pouvoir reconnaître les différents influences qui affectent la liberté et pour pouvoir exercer la liberté, l'éducation se situe dans un contexte moral: la connaissance est unie à la vertu.

Le développement personnel par la formation du caractère et de la volonté, triomphant de l'égoïsme, du manque d'intérêt pour les autres et de tous les autres effets du péché, développant une liberté qui respecte les autres et accepte la responsabilité, est aidé par les réglementations nécessaires et raisonnables du collège; celles-ci incluent une bonne discipline. Est d'une importance égale l'autodiscipline attendue de chaque élève et se manifestant par la rigueur intellectuelle, par la persévérance dans l'application à des études sérieuses, et par une attitude envers les autres qui reconnaît la dignité humaine de chacun.

Dans une école jésuite est légitime un cadre de recherche dans lequel un système de valeur est obtenu grâce à une confrontation de points de vue différents.

Connaissance, amour et acceptation de soi

Le souci d'un développement total de l'homme comme créature de Dieu, en quoi consiste l'"humanisme chrétien" de l'éducation jésuite, met l'accent sur le bonheur dans la vie qui naît d'un usage responsable de la liberté; mais aussi il reconnaît la réalité du péché et de ses effets dans la vie de chacun. Il s'efforce donc d'encourager chaque élève à affronter honnêtement cet obstacle à la liberté, dans une conscience croissante de soi et en réalisant de plus en plus que pardon et conversion sont possibles grâce à l'amour rédempteur et à l'aide de Dieu.22

La lutte pour écarter ce qui fait obstacle à la liberté et pour développer la capacité d'exercer sa liberté est bien plus qu'une simple reconnaissance du péché; un effort con- stant pour reconnaître tous les obstacles au progrès est aussi essentiel.23 Les élèves sont aidés dans leurs efforts pour découvrir d'une part préjugés et visions limités, et pour évaluer d'autre part les différents biens et les valeurs concurrentes.

Enseignants et cadres éducatifs secondent les élèves dans cette croissance en les interpellant, en les aidant à réfléchir sur leurs expériences personnelles en sorte qu'ils puis- sent comprendre leur expérience de Dieu: tout en acceptent leurs dons personnels et en les développant, ils acceptent aussi leurs limites et les dépassent autant que possible. Le programme éducatif, en amenant les élèves à un contact réaliste avec eux-mêmes, veut les aider à reconnaître les diverses influences qui s'exercent en eux et à développer un sens critique, allant au-delà de la simple reconnaissance de ce qui est vrai et de ce qui est faux, du bien et du mal.

Une connaissance réaliste du monde.

Une connaissance réaliste de la création voit la bonté de l'oeuvre de Dieu mais intègre aussi une conscience des effets sociaux du péché: l'imperfection essentielle, l'injustice et le besoin d'une rédemption dans tous les peuples, toutes les cultures, toutes les structures humaines. En essayant de développer la capacité de réfléchir et de raisonner, l'éducation jésuite souligne la nécessité d'être en contact avec le monde tel qu'il est - c'est-à-dire ayant besoin de transformations - sans être aveugle à la bonté essentielle de la création.

L'éducation jésuite essaie de développer chez les élèves la capacité de connaître la réalité et de l'évaluer critiquement. Cette prise de conscience signifie qu'on réalise que personnes et structures peuvent changer, en même temps que l'on s'engage à travailler à ces changements d'une manière qui aidera à construire des structures humaines plus justes, qui assurera la possibilité d'exercer sa liberté en lien avec une plus grande dignité humaine pour tous.

L'éducation jésuite essaie de développer chez les élèves la capacité de connaître la réalité et de l'évaluer critiquement.24 Cette prise de conscience signifie qu'on réalise que personnes et structures peuvent changer, en même temps que l'on s'engage à travailler à ces changements d'une manière qui aidera à construire des structures humaines plus justes, qui assurera la possibilité d'exercer sa liberté en lien avec une plus grande dignité humaine pour tous.

La vue d'Ignace sur le monde

La vue d'Ignace sur le monde est centrée sur la personne historique de Jésus Christ. Il est le modèle de toute vie humaine à cause de sa réponse entière à l'amour du Père dans le service des autres. Il partage notre condition humaine et nous invite à le suivre sous l'étendard de la croix,25 dans une réponse d'amour au Père. Il est vivant au milieu de nous et demeure l'Homme-pour-les-autres dans le service de Dieu.

Un modèle : le Christ

Dans les collèges jésuites d'aujourd'hui, des membres de différentes fois et cultures font partie de la communauté éducative; à tous, quelles que soient leurs croyances, le Christ est proposé comme le modèle de la vie humaine. Chacun peut s'inspirer et apprendre, quand ils s'agit de s'engager, de la vie et de l'enseignement de Jésus, lui qui rend témoignage à l'amour et à la miséricorde de Dieu, qui vit en solidarité avec tous ceux qui souffrent et qui donne sa vie au service des autres. Chacun peut l'imiter dans le dépassement de soi en acceptant toutes les difficultés ou souffrances qui peuvent survenir dans la poursuite du seul but à atteindre: répondre à la volonté du Père dans le service des autres.

Les chrétiens de la communauté éducative s'efforcent d'arriver à une amitié personnelle avec Jésus, qui nous a acquis le pardon et la vraie liberté par sa mort et sa résurrection, qui est aujourd'hui présent et actif dans notre histoire. Etre 'chrétien', c'est suivre le Christ et être comme lui: partager et promouvoir ses valeurs et sa manière de vivre autant que possible.26

L'aide Pastorale27

L'aide pastorale est une dimension de la "cura personalis" qui permet aux semences de foi religieuse et d'engagement religieux de croître en chacun en lui donnant la possibilité de reconnaître le message de l'amour divin et d'y répondre: en voyant Dieu à l'oeuvre dans sa vie personnelle, dans la vie des autres et dans toute la création; puis en répondant à cette découverte, en s'engageant à servir au sein de la communauté. Un collège jésuite assure une aide pastorale adéquate à tous les membres de la communauté éducative en vue d'éveiller et d'affermir cet engagement de foi personnel.

Pour des chrétiens, cette pastorale est centrée sur le Christ vivant et présent aujourd'hui dans la communauté chrétienne. Les élèves rencontrent dans la personne du Christ un ami et un guide; ils font l'expérience de sa personne dans l'Ecriture, dans les célébrations sacramentelles, dans la prière personnelle et communautaire, dans le jeu et dans le travail, dans les autres personnes; ils sont conduits à servir les autres en imitant le Christ, l'Homme pour-les-autres.28

On encourage à faire les Exercices Spirituels 29 comme moyen de mieux connaître le Christ, de l'aimer et de le suivre. Les Exercices aideront aussi les membres de la commu- nauté éducative à comprendre la vision d'Ignace, laquelle est à la base de l'éducation jésuite. Ils peuvent être faits de différentes manières, suivant le temps et les possibilités de chacun, adulte ou élève.

Le collège jésuite encourage et soutient chaque élève dans sa réponse à l'appel personnel de Dieu, dans sa vocation de service, dans la vie personnelle et professionnelle, que ce soit dans le mariage, la vie religieuse ou sacerdotale, ou la vie de célibataire.

La prière et le culte

La prière est une expression de la foi et un moyen efficace d'établir une relation personnelle avec Dieu, conduisant à un engagement au service des autres. L'éducation jésuite propose une initiation progressive à la prière, en suivant l'exemple du Christ qui priait régulièrement son Père. Tous sont encouragés à louer et remercier Dieu dans la prière, à prier les uns pour les autres au sein de la communauté scolaire et à demander l'aide de Dieu pour répondre aux besoins de la communauté humaine plus large.

La relation de foi avec Dieu est aussi bien communautaire que personnelle; dans une institution jésuite la communauté éducative est unie par des liens qui ne sont pas simplement humains: c'est une communauté de foi, qui exprime sa foi par des célébrations religieuses ou spirituelles appropriées. Pour les catholiques, l'Eucharistie est la célébration d'une communauté de foi centrée sur le Christ. Tous les adultes de la communauté sont encouragés à participer à ces célébrations, non seulement en tant qu'expression de leur foi, mais aussi pour témoigner des buts de l'école.

Les membres catholiques de la communauté éducative reçoivent et célèbrent le pardon plein d'amour de Dieu dans le sacrement de Réconciliation. Selon les circonstances de lieu, l'institution jésuite prépare les élèves (et aussi les adultes) à la réception des autres sacrements.

L'obéissance du Christ à la volonté de son Père l'a conduit à se donner totalement lui- même au service des autres: un rapport à Dieu implique nécessairement un rapport aux autres.30 L'éducation jésuite promeut une foi qui est centrée sur la personne historique du Christ et qui donc conduit à l'engagement de l'imiter en tant "qu'Homme-pour-les-autres".


Engagement dans la vie active

Une réponse d'amour et une réponse libre à l'amour de Dieu ne peut pas être simplement d'ordre spéculatif et théorique. Quel qu'en soit le prix, des principes doi- vent conduire à une décision et à l'action: "l'amour se prouve par les actes"31. Ignace demande un engagement total et actif d'hommes et de femmes qui, "pour imiter le Christ et lui ressembler plus effectivement",32 mettront leur ídéal en pratique dans le monde réel, des mouvements sociaux, des familles, des affaires, des structures politiques et juridiques et des activités religieuses.33

"L'amour se prouve par les actes": une libre réponse d'amour de la part de l'homme à l'amour rédempteur de Dieu se manifestera dans une vie active de service. Par étapes progressives, tenant compte des étapes de la croissance et sans aucun essai de manipulation, l'éducation jésuite aide à la formation d'hommes et de femmes qui mettront leurs croyances et leurs attitudes en pratique dans leur vie. "Nous vous demandons et essayons de mettre en vous le désir de mettre en pratique, par des activités concrètes, les valeurs que vous aimez, les valeurs que vous avez acquises au cours de votre formation".34

La foi 35 qui fait la justice: telle est l'action décisive à laquelle nous sommes appelés aujourd'hui. "La mission de la Compagnie de Jésus aujourd'hui est le service de la foi, dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue en tant qu'elle appartient à la réconciliation des hommes demandée par leur réconciliation avec Dieu".36 Ce service de la foi qui fait la justice est une imitation du Christ; c'est la justice de Dieu qui est informée par la charité évangélique: "C'est de la charité que la vraie foi et le désir de la justice tirent toute leur force. La justice ne parvient à sa plénitude intérieure que dans la charité. L'amour chrétien implique les exigences de la justice et est à leur racine, leur donnant leur motivation première et une force intérieure nouvelle. La justice sans la charité n'est pas évangélique".37 Le Royaume de Dieu est un Royaume de justice, d'amour de paix.38

La promotion de la justice implique, comme composante nécessaire, une action pour la paix. Plus qu'une absence de guerre, la recherche de la paix est une recherche de rela- tions fondées sur l'amour et la confiance mutuels.

Le but auquel vise la foi qui fait la justice et qui travaille pour la paix est un nouveau type d'homme dans un nouveau genre de société, société dans laquelle chaque individu a la possibilité d'être pleinement homme et dans laquelle chacun accepte la responsabilité de promouvoir le développement humain des autres. L'engagement actif demandé aux élèves, et mis en pratique par les anciens élèves et les adultes de la communauté éducative, est l'engagement libre de lutter pour un monde plus humain et une communauté d'amour. Pour des chrétiens, cet engagement est une réponse à l'appel du Christ, et il est pris en reconnaissant humblement qu'une conversion n'est possible qu'avec l'aide de Dieu. Pour des catholiques, le sacrement de Réconciliation est une composante nécessaire dans la lutte pour la paix et pour la justice. Mais tous les membres de la communauté éducative, y compris ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne, peuvent collaborer à ce travail. Un sens authentique de la dignité de la personne humaine peut être le point de départ d'un tra- vail en commun pour la promotion de la justice et peut devenir le début d'un dialogue oecuménique qui voit la justice intimement liée à la foi.

Dans une institution jésuite l'accent essentiel est mis sur une éducation à la justice. Une connaissance adéquate unie à une pensée rigoureuse et critique rendra plus efficace dans la vie adulte l'engagement à travailler pour la justice. En plus de cette formation de base indispensable, une éducation à la justice dans un contexte éducatif revêt trois aspects différents.

1 - Les problèmes de justice font partie du programme des études. Cela peut parfois nécessiter l'addition de nouveaux cours; mais plus importante est la présence dans chaque cours enseigné de la dimension de la justice.39 Les enseignants essaient de prendre davantage conscience de cette dimension en sorte qu'ils puissent donner à leurs élèves la formation intellectuelle, morale et spirituelle qui les rendra à même de prendre un engagement à servir, qui fera d'eux des agents du changement. Le programme des études comprend une analyse critique de la société, adaptée au niveau d'âge des élèves; l'esquisse d'une solution dans la ligne des principes chrétiens fait partie de cette analyse. Les points de référence sont la Parole de Dieu, les ensei- gnements de l'Eglise et les sciences humaines.40

2 - La politique et les programmes d'une institution jésuite témoignent concrètement de la foi qui fait la justice; ils portent témoignage à l'encontre des valeurs de la société de consommation. L'analyse sociale de la réalité au sein de laquelle l'école est implantée peut conduire à une auto-évaluation de l'institution, évaluation qui peut demander des changements structurels dans sa politique et sa pratique.4l La politique et la vie de l'institution encouragent le respect mutuel; elles promeuvent la dignité humaine et les droits de chaque personne, jeune ou adulte, dans la communauté éducative.

3 - "Il n'y a d'authentique conversion à la justice que là où l'on oeuvre pour la justice.42" Les relations inter-personnelles au sein de l'institution manifestent un double souci de justice et de charité. Afin de préparer un engagement dans la vie, l'éducation jésuite offre des occasions de contact réel avec le monde de l'injustice. L'analyse de la société faite au cours des études devient ainsi une réflexion fondée sur le contact réel avec les dimensions structurelles de l'injustice.

Les membres de la communauté éducative ont conscience des problèmes sérieux de notre temps et s'y impliquent. La communauté éducative et chacun de ses membres sont conscients de l'influence qu'ils peuvent avoir sur les autres; la politique de l'institution est établie en tenant compte des effets éventuels sur la communauté plus large et sur ses structures sociales.

Des hommes-et-des-femmes-pour-les-autres 43:

L'éducation jésuite aide les élèves à réaliser que leurs talents sont des dons à développer non pas pour une satisfaction personnelle ou un profit personnel, mais bien plutôt, avec l'aide de Dieu, pour le bien de la communauté humaine. Les élèves sont encouragés à mettre leurs dons au service des autres par amour pour Dieu:

"Aujourd'hui l'objectif primordial de notre éducation doit être de former des hommes-et-des-femmes-pour-les-autres; des personnes qui ne vivront pas pour elles-mêmes, mais pour Dieu et son Christ, pour le Dieu-Homme qui a vécu et qui est mort pour tout le monde; des personnes qui ne peuvent même pas concevoir un amour de Dieu qui n'inclurait pas un amour pour le dernier de leurs voisins; des personnes entièrement convaincues que l'amour de Dieu qui ne se concrétise pas dans la justice pour leur prochain est une farce".44

En vue de promouvoir une conscience des "autres", l'éducation jésuite insiste sur les valeurs communautaires telles que l'égalité des chances pour tous, les principes d'une jus- tice distributive et sociale, une attitude d'esprit qui voit le service des autres comme un plus grand accomplissement de soi-même que le succès ou la prospérité.45

Les adultes de la communauté éducative, spécialement ceux qui sont quotidiennement en contact avec les élèves, manifestent dans leur vie le souci des autres et l'estime de la dignité humaine.46

Un souci particulier pour les pauvres

Réfléchissant à la situation actuelle du monde d'aujourd'hui et répondant à l'appel du Christ qui eut un amour spécial et un spécial souci des pauvres, l'Eglise et la Compagnie de Jésus ont pris une "option préférentielle"47 pour les pauvres. Il faut compter parmi ceux- ci ceux qui manquent de ressources matérielles, les handicapés, les marginaux et tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ne sont pas à même de vivre une vie en accord avec une totale dignité humaine. Dans l'éducation jésuite, cette option se reflète dans l'admission des élèves et dans le type de formation qui leur est donnée.

Les institutions jésuites n'existent pas pour une seule classe d'élèves;48 Ignace n'acceptait des collèges que lorsque les revenus étaient complètement assurés, en sorte que l'éducation était à la portée de tous. Il insistait pour que des facilités particulières pour loger les pauvres fassent partie de chaque fondation de collège qu'il approuvait, et pour que les professeurs soient particulièrement attentifs aux besoins des étudiants pauvres. Aujourd'hui, bien que la situation diffère considérablement d'un pays à l'autre et que les critères propres pour le choix des élèves dépendent des "circonstances de lieux et de personnes", toute institution jésuite fait ce qu'elle peut pour que l'éducation jésuite soit à la portée de tous, y compris des pauvres et des déshérités.49 Aider financièrement ceux qui sont dans le besoin et réduire les prix toutes les fois où cela est possible, sont des moyens pour réaliser ce but. Par ailleurs, les collèges jésuites assurent une aide au plan scolaire et au plan de l'orientation à tous ceux qui en ont le besoin pour que tous puissent tirer profit de l'éducation offerte.

Pour que les parents, spécialement les pauvres, puissent exercer leur liberté de choix dans l'éducation de leurs enfants, les institutions jésuites entrent dans les mouvements qui promeuvent la liberté d'enseignement pour tous. "Revendiquer l'égalité des chances en matière d'éducation et la liberté de l'enseignement coïncide pleinement avec notre lutte pour la promotion de la justice".50

Plus essentiel que le type d'élèves admis est le type de formation donnée. Dans l'éducation jésuite, les valeurs que la communauté scolaire transmettent, desquelles elle porte témoignage et qu'elle met en action dans la politique et les structures de l'institution, les valeurs qui se manifestent dans le climat de cette institution sont celles qui promeuvent un souci spécial des hommes et des femmes qui n'ont pas les moyens de vivre dans la dignité humaine. En ce sens, les pauvres forment le contexte de l'éducation jésuite: "nos plans éducatifs doivent être faits en fonction des pauvres, à partir de la perspective des pauvres".51

L'institution jésuite assure aux élèves des occasions de contact avec les pauvres et de service des pauvres, aussi bien dans l'institution que dans des activités de service hors de celle-ci, afin que ces élèves aient la possibilité d'apprendre à aimer tous les autres comme des frères et des soeurs de la communauté humaine, et aussi afin de parvenir à une meilleure intelligence des causes de la pauvreté.

Pour être éducatif, ce contact est lié à la réflexion. La promotion de la justice dans un programme d'études, comme il a été dit plus haut, a comme objectif concret une analyse des causes de la pauvreté.

Instrument apostolique

Pour Ignace, la réponse à l'appel du Christ se fait dans et par l'Eglise Catholique Romaine, l'instrument par lequel le Christ est sacramentellement présent dans le monde. Marie, mère du Christ, est le modèle de cette réponse. Ignace et ses premiers compagnons furent tous, comme prêtres, ordonnés au service du Vicaire du Christ, et c'est à ce même service qu'ils mirent la Compagnie de Jésus, afin de "se rendre là où il jugera que doit en résulter un plus grand service de Dieu notre Seigneur et un plus grand bien des âmes".52

Les collèges jésuites existent afin d'être des instruments de la mission apostolique de l'Eglise, qui est la construction du Royaume de Dieu. Bien que le processus éducatif ait radicalement changé depuis le temps d'Ignace et qu'ait aussi changé la manière d'exprimer les concepts religieux, l'éducation jésuite demeure un moyen pour les élèves de connaître Dieu et de lui répondre, et le collège demeure un moyen valable de faire face aux besoins qui se manifestent au sein du Peuple de Dieu. Le but de l'éducation jésuite est de former des personnes qui vivent pour les autres, s'appuyant sur des principes et sur des valeurs, à l'exemple de Jésus Christ. Enseigner dans un collège jésuite est donc un ministère.

Parce que ceci caractérise toutes les oeuvres jésuites, l'attitude ignatienne de loyauté envers l'Eglise et de service de l'Eglise, qui est le Peuple de Dieu, sera transmise à l'ensemble de la communauté éducative dans un collège jésuite. Les desseins et l'idéal des membres d'autres religions peuvent être en harmonie avec les buts propres à une institution jésuite, et ses membres peuvent s'engager à la poursuite de ces buts, pour le développement des élèves et l'amélioration de la société.

L'éducation jésuite, tout en respectant la conscience et les convictions de chaque élève, est fidèle aux enseignements de l'Eglise, particulièrement pour la formation morale et religieuse. Autant que possible, l'institution choisit comme responsables de la communauté éducative ceux qui peuvent communiquer, tout en leur rendant témoignage, les enseignements du Christ présentés par l'Eglise Catholique.

La communauté éducative, fondée sur l'exemple du Christ,  - et de Marie dans sa réponse au Christ 53 -  et réfléchissant sur la culture d'aujourd'hui à la lumière des enseigne- ments de l'Eglise, devra promouvoir:

- une vision spirituelle du monde face au matérialisme;54

- le souci des autres face à l'égoïsme;
- la simplicité face à l'appétit de consommation;

- la cause des pauvres face à l'injustice sociale.

Participant au service de l'Eglise, un collège jésuite sera au service de la communauté civile et religieuse du lieu et collaborera avec l'Evêque du lieu. A titre d'exemple: toute décision importante concernant la politique du collège tiendra compte des orientations pastorales de l'Eglise locale; les décisions concernant la politique de l'institution se prennent en se préoccupant de leurs effets possibles sur l'Eglise et sur la communauté du lieu.

Pour un service plus efficace des besoins humains, une institution jésuite travaille en collaboration avec les autres oeuvres apostoliques jésuites, avec les paroisses et les autres organisations catholiques et civiles du lieu ainsi qu'avec les centres d'apostolat social.

Tous les membres de la communauté éducative servent activement en tant que membres de la communauté locale et de leur Eglise. Ils participent aux rencontres et aux diverses activités, particulièrement à celles qui sont en rapport avec l'éducation.

La communauté du collège jésuite encourage la collaboration aux activités oecuméniques avec les autres Eglises et cherche activement le dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté; la communauté est un témoignage rendu à l'Evangile du Christ dans son service de la communauté humaine.

Préparation à une participation active dans l'Eglise

L'éducation jésuite se consacre au développement religieux de tous les élèves. Ceux- ci seront instruits des vérités essentielles de leur foi. Pour des élèves chrétiens, cela comprend la connaissance de l'Ecriture, particulièrement des Evangiles.

Aux élèves catholiques l'éducation jésuite propose la connaissance et l'amour de l'Eglise et des sacrements comme des moyens privilégiés de rencontrer le Christ.

Par des moyens appropriés au collège, des expériences concrètes de la vie de l'Eglise seront rendues possibles par une participation aux projets et aux activités de l'Eglise. Les enseignants laïcs, particulièrement ceux qui participent aux activités de la paroisse, peuvent jouer un rôle essentiel en cela; ils peuvent faire comprendre aux élèves l'accent qui est mis maintenant sur l'apostolat des laïcs.

Suivant l'exemple des premiers collèges jésuites où les Congrégations Mariales ont joué un rôle important pour développer la dévotion et l'engagement chrétien, des possibili- tés telles que les Communautés de Vie Chrétienne sont proposées aux élèves et aux adultes qui désirent connaître plus complètement le Christ et modeler leur vie sur la sienne.

Des possibilités semblables sont proposées aux membres d'autres religions qui désirent approfondir leur engagement de foi.

Formation

A plusieurs reprises Ignace a insisté sur le "magis", le davantage. Son souci constant fut un plus grand service de Dieu en suivant de plus près le Christ, et ce souci fut à l'origine de tout le travail apostolique des premiers compagnons. Une réponse concrète à Dieu doit être "de plus grand prix".55

Excellence dans la formation

Dans l'éducation jésuite, le critère de l'excellence est appliqué à tous les domaines de la vie de l'école: le but poursuivi est le plus complet développement possible de chaque dimension de la personne, lié au développement d'un sens des valeurs et à un engagement au service des autres, qui donne la priorité aux besoins des pauvres et qui sacrifie volontiers à la promotion de la justice ses intérêts personnels.56 La recherche de l'excellence au plan scolaire est normale dans une institution jésuite, mais seulement si elle est située dans le contexte plus large d'une excellence humaine.57

L'excellence, comme tous les autres critères ignatiens, est déterminée par "les circonstances de lieux et de personnes". "Le type d'institution, la situation de celle-ci, le nombre des élèves, la fixation des objectifs concernant la qualité de l'éducation ou les limites de l'enseignement, etc. sont des éléments qui diversifient l'instrument afin de l'adapter aux circonstances dans lesquelles on l'emploiera".58 Rechercher le magis, donc, c'est assurer le type et le niveau d'éducation donné à un type et à un âge déterminé d'élèves, qui répondent le mieux aux besoins de la région dans laquelle se trouve le collège.

Le mot "davantage" n'implique aucune comparaison avec d'autres, ni aucune manière de mesurer le progrès en fonction d'un niveau absolu; c'est bien plutôt le développement le plus complet des possibilités de chaque individu à chaque étape de la vie, uni au désir de poursuivre ce développement pendant toute la vie et à la volonté de mettre au service des autres ces dons une fois développés.

Traditionnellement, l'éducation jésuite a visé à former des "leaders": des hommes et des femmes assumant dans la société des postes de responsables qui leur donnent d'avoir une influence positive sur les autres. Cet objectif a, parfois, conduit à des excès qui doivent être corrigés. Quelqu'ait été la signification de cela dans le passé, le but de l'éducation jésuite dans la manière actuelle de comprendre la vue ignatienne du monde n'est pas de préparer une élite socio-économique, mais bien plutôt d'éduquer des hommes qui soient des leaders dans le service. L'institution jésuite aidera donc les élèves à développer les qualités d'esprit et de coeur qui les rendront capables, quelles que soient les situations qu'ils occupent dans la vie, de travailler avec d'autres pour le bien de tous dans le service du Royaume de Dieu.

Le service a pour base un engagement de foi à Dieu; pour des chrétiens, ceci signifie marcher à la suite du Christ. La décision de suivre le Christ, décision prise par amour, conduit à un désir de faire toujours "davantage", à être à même de devenir des agents multiplicateurs.59 A son tour, ce désir se concrétise en une préparation personnelle indis- pensable par laquelle l'élève se consacre à l'étude, à la formation personnelle et, enfin, à l'action.

Le Ratio Studiorum recommande l'émulation - plutôt entre des groupes qu'entre individus - comme stimulant efficace pour le progrès scolaire. L'éducation jésuite est aujourd'hui confrontée à une réalité différente: un monde où une compétition excessive produit l'individualisme, l'appétit de consommation et de succès à tout prix. Bien qu'une école jésuite reconnaisse le stimulant que sont des jeux d'émulation, elle insiste auprès des élèves d'aujourd'hui pour qu'ils se distinguent avant tout par leur capacité de travailler ensemble, à être sensible aux autres, à s'engager au service des autres, qui se manifestera dans leur manière de s'aider mutuellement. "Le désir de témoignage chrétien et de service des hommes ne peut pas se développer dans une atmosphère d'émulation au plan intellectuel et avec une priorité accordée au développement personnel face aux autres, mais avec un apprentissage à la disponibilité et à l'esprit de service".60

Témoignage d'excellence

La politique de l'institution sera telle qu'elle créera une ambiance ou un climat pouvant promouvoir l'excellence. Cette politique implique une évaluation permanente des finalités, des programmes, des services et des méthodes pédagogiques, dans un effort visant à ce que l'éducation atteigne ses buts d'une manière plus efficace.

Les adultes de la communauté éducative témoignent de l'excellence en unissant une compétence professionnelle de plus en plus grande à un don d'eux-mêmes de plus en plus grand.

Enseignants et directeurs d'un collège jésuite collaborent avec les autres écoles et avec les organisations responsables de l'éducation pour découvrir ce qui est plus efficace dans la politique d'une école et dans les méthodes pédagogiques.6l

Collaboration

Lorsqu'Ignace eut découvert l'amour de Dieu révélé dans le Christ et voulut répondre à cet amour en se consacrant au service du Royaume de Dieu, il partagea son expérience avec d'autres et réunit des compagnons qui devinrent des "amis dans le Seigneur",62 au service des autres. La force d'une communauté travaillant au service du Royaume est plus grande que celle d'un individu ou d'un groupe d'individus.

Collaboration laïcs-jésuites

Une collaboration entre jésuites et laïcs est un but que tout collège jésuite essaie d'atteindre en réponse au Second Concile du Vatican.63 et aux récentes Congrégations Générales de la Compagnie de Jésus.64 Parce que le concept d'une mission commune est encore nouveau, s'affirme le besoin d'une intelligence toujours plus grande de celui-ci et de plans d'action soigneusement mis au point.

Dans un collège jésuite, aussi bien laïcs que jésuites sont disposés à assumer les responsabilités qui conviennent: travailler ensemble à la direction et au service du collège. On s'efforce de réaliser une véritable union des esprits et des coeurs, de travailler ensemble, en ne formant qu'un seul et même corps apostolique,65 à la formation des élèves. On y partage donc une même vision et un même dessein, un même effort

apostolique.

Les structures juridiques du collège permettent la collaboration la plus complète possible à la direction de l'institution.66

Les jésuites promeuvent activement la collaboration entre laïcs et jésuites dans le collège. "Les jésuites sauront mesurer l'importance pour la Compagnie elle-même d'une telle collaboration avec les laïcs: ceux-ci seront toujours pour nous des interprètes naturels du monde moderne et nous fourniront ainsi constamment un secours efficace dans notre apostolat".67 "Il nous faut volontiers travailler avec les autres... nous sommes disposés à jouer un rôle de second plan, apportant notre temps et notre appui anonyme; et nous sommes disposés à apprendre à servir de ceux-là même que nous cherchons à servir".68 L'une des responsabilités du supérieur religieux est d'encourager cette ouverture dans le travail apostolique.

Le corps des enseignants et des cadres administratifs

Autant que possible ceux qui seront choisis pour entrer dans la communauté éducative d'un collège jésuite seront des hommes et des femmes capables d'en comprendre la nature propre et de participer à la mise en pratique des caractéristiques qui sont le fruit de la vision ignatienne.

Afin de promouvoir un sens communautaire de l'objectif poursuivi, appliqué aux circonstances concrètes de la vie au collège, enseignants, administratifs et auxiliaires, jésuites et laïcs, communiquent régulièrement entre eux aux plans personnel, professionnel et religieux. Ils sont disposés à échanger sur leur manière de voir et leurs attentes, sur leurs aspirations et leurs expériences, sur leurs succès et leurs échecs.

La communauté jésuite

Les jésuites travaillant au collège doivent être "un groupe d'hommes dont l'identité soit évidente, qui vivent du même charisme ignatien, intimement liés entre eux `ad intra' par l'union des esprits et des coeurs et `ad extra' par la participation dans la joie à une mission commune... Ils doivent être une source d'inspiration et un stimulant pour les autres membres de la communauté éducative... Le témoignage de notre vie est indispensable.69

Les jésuites seront plus efficaces dans leur service de l'ensemble de la communauté éducative et comme source d'inspiration pour celle-ci s'ils vivent en se servant et s'inspirant les uns les autres, formant une vraie communauté de prière et de vie. Ce témoignage vécu est l'un des moyens qui fera de leur travail au collège un apostolat "de corps", et il aidera la communauté scolaire plus large à être efficacement et affectivement unie.

De temps à autre les autres membres de la communauté éducative sont invités à participer avec la communauté jésuite à un repas ou à une célébration liturgique. Ces rencontres informelles aident au rapprochement, et les laïcs ont ainsi l'occasion de mieux comprendre la vie des jésuites.

En plus de leur responsabilité professionnelle dans l'école comme enseignants, administrateurs ou aumôniers, les jésuites seront disposés à assurer certaines activités telles que des échanges, des groupes de travail et des retraites pouvant permettre à d'autres membres de la communauté scolaire de mieux connaître et saisir la vision du monde d'Ignace.

L'éducation -le travail d'un enseignant, d'un administrateur, ou d'un membre de l'équipe auxiliaire- est en elle-même une oeuvre apostolique. Toutefois, étant donné le rôle apostolique du collège dans l'Eglise, les jésuites prêtres ont aussi une activité plus directement sacerdotale, en célébrant l'Eucharistie, en étant disponibles pour le sacrement de Réconciliation, etc...

Le statuts du collège définissent les responsabilités du directeur et le contrôle qui demeure entre les mains de la Compagnie de Jésus (cf. infra). En fonction des circonstances locales, ni un jésuite ni le groupe des jésuites en tant que communauté n'a, comme tel, aucun pouvoir de décision dans une école jésuite, hors ceux déterminés dans les statuts.

Les conseils

La 3lème Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus a recommandé que soient établis dans les institutions éducatives jésuites des Conseils d'administration où siègeraient à la fois des laïcs et des jésuites.70 Ce sont là d'autres moyens de partager les responsabilités entre laïcs et jésuites et de promouvoir ainsi la collaboration entre laïcs et jésuites; ces conseils bénéficient de l'assistance professionnelle d'une variété de personnes, laïques et jésuites, qui connaissent bien les orientations d'un collège jésuite et la vision d'Ignace sur laquelle celles-ci reposent.

Les parents

Enseignants et directeurs d'un collège jésuite collaborent étroitement avec les parents71, qui sont eux aussi membres de la communauté éducative. Il y a communication fréquente et dialogue permanent entre la maison et le collège. Les parents sont tenus informés des activités du collège; on les encourage à rencontrer les professeurs pour parler des progrès de leurs enfants. On propose aux parents soutien et occasions pour les aider à progresser dans l'exercice de leur rôle de parents. La possibilité leur est offerte de participer aux Conseils consultatifs du collège. De cette manière ou d'autres, les parents trouvent une aide pour exercer leurs droits et leurs responsabilités d'éducateurs en famille, et à leur tour participent à l'oeuvre d'éducation qui se poursuit au collège.

Autant que possible les parents comprennent, estiment et acceptent la vision ignatienne du monde qui caractérise l'école jésuite. La communauté scolaire, tenant compte des situations différentes des pays différents, propose des moyens qui permettent aux parents de se familiariser davantage avec cette vision du monde et ses applications à l'éducation.

Il y a cohérence entre les valeurs promues à l'école et celles promues à la maison. Lorsqu'ils inscrivent leurs enfants pour la première fois au collège, les parents sont informés de l'engagement de l'éducation jésuite à une foi qui fait la justice. Des programmes de formation permanente sont offerts aux parents afin qu'ils puissent mieux comprendre cette orientation et être fortifiés dans leur engagement personnel dans ce sens.

Les élèves

Les élèves forment une communauté où ils se comprennent et se soutiennent mutuellement; ceci est vécu à la fois d'une manière informelle et par des structures telles qu'un gouvernement et des conseils d'élèves. De plus, en fonction de leur âge et de leurs capacités, la participation des élèves à la communauté plus large de l'école est encouragée par leur appartenance aux Conseils consultatifs et aux diverses commissions de l'école.

Les anciens élèves

Les anciens élèves sont membres de la "communauté qui travaille au service du Royaume"; un collège jésuite a une responsabilité particulière à leur égard. Dans la mesure où on le pourra, le collège offrira conseils et formation permanente, en sorte que ceux qui ont reçu leur formation de base au collège puissent mettre plus efficacement en pratique cette formation de base dans leur vie adulte et continuer à approfondir leur don d'eux-mêmes au service des autres.72 Des liens étroits d'amitié et de soutien mutuel existent entre le collège jésuite et les Associations d'Anciens Elèves.73

Les bienfaiteurs

Semblablement, le collège jésuite a une responsabilité spéciale envers ses bienfaiteurs et leur proposera le soutien et les conseils dont ils pourraient avoir besoin. Tout particulièrement, les bienfaiteurs auront la possibilité de mieux connaître la nature propre d'un collège jésuite, la vision ignatienne sur laquelle celle-ci repose, les buts de ce collège auxquels ils contribuent.

La structure de l'école

La partage des responsabilités s'est considérablement développé au cours des dernières années. De plus en plus, les décisions ne sont prises qu'après avoir reçu des avis, aussi bien par des consultations informelles que par des commissions constituées et par d'autres moyens. Tous les membres de la communauté éducative sont tenus au courant des décisions et des événements importants qui affectent la vie du collège. Pour être vraiment efficace, ce partage des responsabilités doit être établi sur une vision commune, ou un sens commun du but a atteindre, comme, il a été dit ci-dessus.

Dans le passé, le Recteur de la communauté jésuite, nommé par le Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, était responsable de la direction du collège jésuite; il en référait régulièrement au Provincial jésuite. Aujourd'hui, en de nombreuses parties du monde, le Recteur de la communauté n'est pas le "directeur de l'oeuvre"; en certains cas, un Conseil d'Administration travaille en collaboration avec la Compagnie pour la nomination du direc- teur; de plus en plus fréquemment, ce directeur est un laïc. Quels que soient la situation particulière et le mode de nomination, la responsabilité confiée au directeur d'un collège jésuite inclut toujours une mission qui vient en dernier lieu de la Compagnie de Jésus. En tant qu'elle est en rapport avec le caractère jésuite du collège, cette mission est périodiquement l'objet d'une évaluation de la part de la Compagnie (normalement par le Provincial jésuite ou son délégué).

Le rôle du directeur est un rôle de chef au plan apostolique. Ce rôle est vital pour assurer l'inspiration, pour développer une vision commune, pour préserver l'unité au sein de la communauté éducative. La vision ignatienne du monde étant la base sur laquelle une vision commune est construite, le directeur est guidé par cette vision du monde, et il est le vrai responsable pour que soient assurées les occasions permettant aux autres membres de la communauté de parvenir à une meilleure intelligence de cette vue du monde et de ses applications à l'éducation. En plus de son rôle d'inspiration, le directeur demeure le responsable ultime de la mise en pratique de la politique de base de l'éducation du collège et de la nature proprement jésuite de cette éducation. La nature exacte de cette responsabilité est décrite dans les statuts de chaque collège.

En de nombreux cas, la responsabilité du collège jésuite est partagée entre plusieurs personnes ayant des rôles distincts (recteur, directeur, président, préfet ou chef d'école); la responsabilité dernière de la politique et de la pratique est souvent confiée à des Conseils d'Administration. Tous ceux qui partagent la responsabilité d'un collège jésuite forment l'équipe de direction. Ils ont conscience de ce qu'est la vision ignatienne en tant que celle- ci est appliquée à l'éducation et ils sont ouverts à cette vision; ils sont capables de travailler ensemble en se soutenant et se respectant mutuellement, recourant aux talents propres à chacun. Ce genre de structure en équipe, qui est une application du principe de subsidiarité, a l'avantage de mettre les capacités d'un plus grand nombre de personnes au service de la direction du collège; de plus, cela assure une plus grande stabilité dans la poursuite d'une politique qui met en pratique les orientations de base du collège.

Si le collège est "jésuite", il reste entre les mains de la Compagnie de Jésus assez d'autorité et de contrôle pour que la Compagnie puisse répondre à un appel de l'Eglise à travers ses institutions, et pour s'assurer que le collège jésuite continue à être fidèle à ses traditions. Si l'on excepte cette limitation, l'autorité peut être effectivement exercée dans l'école par quiconque, jésuite ou laïc, connaît en quoi consiste le caractère jésuite de l'éducation, est en sympathie avec celui-ci, s'y identifie et s'y engage.

Les structures du collège garantissent les droits des élèves, des directeurs, des enseignants et du corps auxiliaire, et appellent chacun à prendre ses responsabilités personnelles. Tous les membres de la communauté travaillent ensemble à créer et à maintenir les conditions les plus favorables pour que chacun puisse croître dans un usage responsable de la liberté. Chaque membre de la communauté est invité à s'engager activement dans la croissance de toute la communauté. La structure du collège reflète la nouvelle société que le collège, par l'éducation qu'il donne, essaie de construire.


Adaptation des moyens

Pour Ignace et pour ses compagnons, les décisions étaient prises en s'appuyant sur l'usage continuel du "discernement"74 individuel et communautaire, toujours fait dans un contexte de prière. Par une réflexion dans la prière sur les résultats de leurs activités, les compagnons passaient en revue leurs décisions passées et adaptaient leurs méthodes, dans une constante recherche d'un plus grand service de Dieu ("magis").

La communauté éducative d'un collège jésuite étudie les besoins de la société d'aujourd'hui, puis elle réfléchit à sa politique, à ses structures, à ses méthodes, à sa pédagogie actuelle et à tous les autres éléments qui constituent le collège, afin de trouver les moyens qui permettront de réaliser au mieux ce que le collège se propose et de mettre en pratique sa philosophie de l'éducation. A partir de cette réflexion, des changements sont faits dans la structure du collège, dans les méthodes, dans les programmes d'études, etc., lorsque ces changements apparaissent comme nécessaires ou utiles. Un éducateur selon la tradition jésuite est encouragé à user d'une grande liberté et de beaucoup d'imagination dans le choix des techniques d'enseignement, des méthodes pédagogiques, etc. La politique et la pratique du collège encouragent la réflexion et l'évaluation; elles permettent le changement quand le changement est nécessaire.

Bien que des règles générales doivent être appliquées aux circonstances concrètes, les principes sur lesquels s'appuie cette réflexion peuvent être trouvés dans les documents actuels de l'Eglise et de la Compagnie de Jésus. De plus les Constitutions jésuites donnent des critères pour guider le discernement en vue de réaliser le "magis": un bien plus universel, un besoin plus urgent, une valeur plus durable, un travail qui n'est pas fait par d'autres, etc.75

Les "circonstances de personnes et de lieux" exigent que les études, le processus de l'éducation, le style d'enseignement et toute la vie du collège soient adaptés aux besoins spécifiques du lieu où le collège se trouve, et des gens au service desquels il se met.

 Le "système" des collèges jésuites

Les jésuites des premiers collèges de la Compagnie échangeaient entre eux leurs idées et les fruits de leur expérience, à la recherche de principes et de méthodes pouvant être plus efficaces dans la réalisation de ce qu'ils se proposaient dans leur oeuvre éducative. Chaque institution appliquait ces principes et ces méthodes à sa propre situation. La force de ce "système" jésuite grandit grâce à ces échanges. Les collèges jésuites forment encore un réseau uni non pas par une administration unique ou par l'uniformité des programmes, mais par une vision commune et des buts communs; enseignants et membres de l'administration dans les collèges jésuites partagent de nouveau idées et expériences dans le but de découvrir les principes et les méthodes qui permettront une mise en pratique plus efficace de cette vision commune.

Les échanges d'idées seront plus efficaces si chaque collège est inséré dans la réalité concrète de la région où il se trouve et s'il est engagé dans un échange permanent d'ídées ou d'expériences avec les autres collèges et oeuvres d'éducation de l'Eglise locale et du pays. Plus seront larges les échanges au plan local, plus fructueux pourront être les échanges entre collèges jésuites au plan international.

Pour promouvoir davantage les échanges d'idées et d'expériences, on encourage, là où cela est possible, un échange d'enseignants et d'élèves.

Pour découvrir des moyens plus efficaces de faire de "la foi qui fait la justice" une dimension de l'oeuvre de l'éducation, une grande diversité d'expérimentations se poursuit dans toutes les parties du monde. En raison de l'importance de ce défi et de la difficulté d'y répondre, ces expérimentations doivent être évaluées, et les résultats doivent être partagés avec d'autres, de telle manière que des expériences positives puissent trouver place dans la politique, la pratique et la communauté du collège local. Le besoin d'un échange d'idées et d'expériences en ce domaine est particulièrement urgent; non seulement pour chaque collège pris en lui-même, mais aussi pour l'apostolat de l'éducation en tant que tel.

Formation professionnelle et permanente

Le monde moderne est caractérisé par des changements rapides. Pour demeurer efficaces en tant qu'éducateurs et pour "discerner" une réponse plus concrète à l'appel de Dieu, tous les adultes de la communauté éducative doivent profiter des possibilités d'éducation permanente et de développement personnel continue - particulièrement pour ce qui est de la compétence professionnelle, des techniques pédagogiques et de la formation spirituelle. En plus des programmes de développement pour le corps professoral, offerts pour encourager tout cela, le collège jésuite fait ce qu'il peut pour assurer le temps nécessaire et l'aide financière indispensable pour une formation plus étendue.

Pour réaliser une authentique collaboration et un authentique partage des responsabilités, les laïcs doivent comprendre la spiritualité ignatienne, l'histoire de l'éducation jésuite, les traditions et la vie jésuites, tandis que les jésuites ont besoin de comprendre l'expérience vécue, les défis et les manières selon lesquelles l'Esprit de Dieu fait aussi avancer les laïcs; ils doivent aussi comprendre les apports des laïcs à l'Eglise et au collège jésuite. Le collège jésuite assure des programmes d'orientation pour les nouveaux membres du corps professoral; il assure de plus des programmes permanents et des processus qui encouragent une prise de conscience et une intelligence plus grandes des buts de l'éducation jésuite; il donne aussi aux jésuites l'occasion d'apprendre des laïcs de la communauté. Là où cela est possible, des programmes spéciaux de formation professionnelle et spirituelle sont proposés pour aider les laïcs à se préparer à assumer des postes de direction dans les collèges jésuites.

  Autres caractéristiques de l'éducation jésuite

Ignace insistait pour que les collèges jésuites adoptent les méthodes de l'Université de Paris ("modus Parisiensis") parce qu'il les considérait comme les plus efficaces pour réaliser les buts qu'il s'était fixés pour ces collèges. Les méthodes furent testées et adaptées par les éducateurs jésuites en fonction de leur expérience religieuse des Exercices Spirituels et de leur expérience pratique croissante de l'éducation. Nombre de ces principes et de ces méthodes sont encore appliqués dans l'éducation jésuite parce qu'ils sont encore efficaces pour mettre en pratique les caractéristiques décrites dans les sections précédentes. Nous en donnons ici, à titre d'exemple, quelques-uns des mieux connus.

A partir de l'expérience des Exercices Spirituels.77

Bien qu'il y ait des différences évidentes entre les deux situations, le type de rapports entre celui qui donne les Exercices et celui qui les fait est le modèle des rapports entre le professeur et l'élève. Comme celui qui donne les Exercices, le professeur est au service des élèves, toujours prêt à découvrir les dons particuliers ou les difficultés particulières, personnellement intéressé et aidant au développement des possibilités innées de chaque élève.

Le rôle actif de celui qui fait les Exercices est le modèle du rôle actif de l'élève dans ce que doivent avoir de personnel ses études, ses découvertes et sa créativité.

La progression dans les Exercices est une source de cette approche concrète, disciplinée, des "moyens pour atteindre une fin" qui est caractéristique de l'éducation jésuite.78

Le "praesupponendum" des Exercices79 est ce qui règle les relations personnelles et les bons rapports entre professeurs et élèves, entre les enseignants et la direction, les enseignants entre eux, et en tous lieux au sein de la communauté éducative.

Nombre des "Annotations" ou "suggestions pour celui qui donne les Exercices" sont, avec les adaptations appropriées, des suggestions pour ceux qui enseignent dans un collège jésuite.

Il y a des analogies entre la méthode utilisée dans les Exercices et les méthodes jésuites traditionnelles d'enseignement, dont beaucoup ont été codifiées dans le Ratio Studiorum:
Les "préludes" et les "points" donnés pour la prière sont la prélection de la matière couverte par le cours.

            La "répétition" de la prière devient la maîtrise de la matière du cours par la répétition fréquente et sérieuse du travail fait en classe.

 
L'"application des sens" ("sentir" pour Ignace) se retrouve dans l'insistance donnée à tout ce qui est création et imagination, dans l'insistance mise sur l'expérience, la motivation, le désir et la joie d'apprendre.
 
Quelques directives tirées des Constitutions et du Ratio Studiorum: (Voir dans l'Appendice I une description plus détaillée du contenu de ces deux documents.)
 

Le programme de travail doit être soigneusement structuré pour chaque jour, en ce sens que les cours s'appuient sur ce qui a été vu dans les cours précédents et que les cours sont mis en rapport les uns avec les autres. Le programme de travail doit être si bien intégré que chaque cours pris individuellement soit une contribution aux buts d'ensemble du collège.

La pédagogie doit comprendre analyse, réflexion et synthèse; elle doit unir les idées théoriques à leurs applications pratiques.

Ce n'est pas la quantité de matières étudiées qui importe, mais bien plutôt une formation solide, profonde et de base. ("Non multa, sed multum".)

Table des matières

 Conclusion

L'introduction rappelle une réunion qui s'est tenue à Rome en 1980 et le discours que le Père Pedro Arrupe donna à la fin de cette rencontre. Ce discours fut publié ensuite sous le titre: "Nos collèges: aujourd'hui et demain"; il a été plusieurs fois cité, aussi bien dans les caractéristiques elles-mêmes que dans les notes.

Dans ce discours, le Père Arrupe a décrit quel était le dessein d'un collège jésuite. C'est, dit-il, d'aider à la formation:

"d'hommes nouveaux", transformés par le message du Christ, de la mort et de la résurrection duquel ils doivent témoigner par leur propre vie. Ceux qui sortent de nos collèges doivent avoir acquis, d'une manière adaptée à leur âge et à leur maturité, une forme de vie qui soit par elle-même proclamation de la charité du Christ, de la foi qui vient de lui et nous conduit à lui, et aussi de la justice qu'il a proclamée".80

Plus récemment, l'actuel Général de la Compagnie de Jésus, le Père Peter-Hans Kolvenbach, a exprimé le même dessein en des mots très semblables:

"Notre idéal est un homme bien formé qui est intellectuellement compétent, ouvert au progrès, religieux, aimant, et qui s'est engagé à faire la justice dans le généreux service du Peuple de Dieu".8l

Le but de l'éducation jésuite n'a jamais simplement été l'acquisition de tout un ensemble de sciences et de techniques ou la préparation à une carrière, bien que ces choses soient en elles-mêmes importantes et utiles pour de futurs responsables chrétiens. Le but ultime de l'éducation secondaire jésuite est, bien plutôt, un plein développement de la personne qui conduit à l'action, - action qui est animée par l'esprit et la présence de Jésus Christ, l'Homme-pour-les-autres.

La Commission Internationale pour l'Apostolat de l'Education Jésuite a essayé de décrire les caractéristiques de l'éducation jésuite pour aider les collèges jésuites à réali- ser plus efficacement ce dessein. Le matériau n'est pas nouveau, cet essai n'est pas complet; le travail de renouvellement n'est jamais fini. Une description des caractéristi- ques de l'éducation jésuite ne peut jamais être parfaite et ne peut jamais être "définitive". Mais une intelligence toujours plus grande de l'héritage de ces collèges, à savoir la vision ignatienne appliquée à l'éducation, peut être la source d'un élan renouvelé pour se dévouer à cette oeuvre et d'une disponibilité renouvelée pour se consacrer aux tâches qui rendront cette oeuvre plus efficace.

Table des matières

 
NOTES
 

(1) Pedro Arrupe, S.J. "Nos collèges: aujourd'hui et demain", § 10. Conférence donnée à Rome le 13 septembre 1980 et publiée dans Acta Romana Societatis Iesu Volume XVIII (1981). Texte français pp. 277-296. C'est nous qui soulignons certaines expressions. Le titre est abrégé dans la suite sous la forme NCAD.

(2) Le document officiel est en latin sous le titre: Apostolicam Actuositatem. Diverses traductions françaises se trouvent dans les éditions des Actes du Concile.

(3) 32e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus, Décret 4: "Notre mission aujourd'hui: service de la foi et promotion de la justice", n.2. ("Décrets de la 32e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus" Paris, rue Beudant, 1976.)

(4) Ibid n9

(5) Ces deux expressions ont été fréquemment utilisées par le Père Arrupe dans ses écrits et ses causeries. Il semble qu'il les ait utilisées pour la première fois dans une Conférence au Xème Congrès International des Anciens Elèves des Jésuites d'Europe à Valence (Espagne), le 31 juillet 1973. Ce discours a été publié sous le titre "Des hommes-pour-les- autres" par le Centre International pour l'Education Jésuite, C.P. 6139, 00195 Rome.

(7) Constitutions de la Compagnie de Jésus [98] et passim; traduction française par François Courel; collection Christus, Paris, 1967. L'expression est un des principes fondamentaux et l'une des phrases favorites d'Ignace.

(8) "Les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l'homme et pour l'aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. D'où il suit que l'homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l'aident pour sa fin et qu'il doit s'en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin". (Exercices Spirituels, 23). On désigne souvent ce principe par les mots de "tantum quantum", qui sont ceux du texte latin. (La plus récente traduction des Exercices Spirituels en français est celle du P. Edouard Gueydan, S.J.; col- lection Christus, 61; Paris 1986.)

(9) Exercices Spirituels, 236.

(10) Ceci est tiré du poème de Gerard Manley Hopkins, S.J. "God's Grandeur".

(11) Cf. Genèse 1,27.

(12) "Notre idéal est... le modèle jamais dépassé de l'homme grec dans sa version chrétienne: équilibré, serein et constant, ouvert à tout ce qui est humain". (NCAD, n. 14).

(13) La "Réponse de foi" est traitée plus en détail dans les sections 4 et 6.

(14) Paul VI, dans une lettre adressée à la Compagnie de Jésus, Acta Apostolicae Sedis (10.57, 1965, p. 514); le même appel fut répété par le Pape Jean Paul II dans son homélie aux Délégués de la 33ème Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus le 2 septembre 1983 (publiée dans Décrets de la 33ème Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus, Paris, 1984, p. 59).

(15) On traitera plus en détail dans la section 6.1 de cette caractéristique d'être "un instrument apostolique".

(16) Exercices Spirituels, 23.

(17) On traite plus en détail de la conversion dans la section 3.

(18) Le Décret 5 de la 32e Congrégation Générale (cf. supra n.3) traite en détail de l'"Inculturation".

(19) "Ce souci de l'élève en tant que personne, dans la mesure du possible, reste et doit rester la caractéristique de notre vocation... nous devons maintenir, d'une façon ou d'une autre, ce contact personnel avec chacun des élèves de nos collèges et universités". Père Général Peter Hans Kolvenbach, S.J.: "Simples propos sur l'éducation", à l'occasion d'une rencontre avec les Délégués pour l'Education des Provinces Jésuites d'Europe, 18 novembre 1983. Texte publié dans Education: SJ, 44 (Janvier-Février 1984), pp. 3-6.

(20) NCAD, § 13.

(21) Cf. section 9.3 pour le développement plus complet sur la formation permanente.

(22) Pardon et conversion sont des concepts religieux dont il est traité plus en détail dans la section 6.

(23) Cf. la méditation des "Deux Etendards" dans les Exercices Spirituels, 136-148.

(24) "En ce domaine, comme en bien d'autres, n'hésitez pas devant la perspective de l'engagement politique. Selon le Second Concile du Vatican c'est là le rôle spécifique des laïcs, et vous ne pouvez y échapper quand vous vous trouvez engagés dans la lutte en faveur des structures qui rendent le monde vraiment plus humain, qui donnent naissance à la nouvelle création que le Christ a promise". (Père Peter-Hans Kolvenbach, S.J. à la séance d'ouverture du Congrès Mondial des Anciens Elèves, Versailles, 20 juillet 1986. Texte publié dans ETC (Ensemble) numéro 40, avril-septembre 1986, pp. 7-15.)

(25) Cf. Exercices Spirituels, 143-147.

(26) "Il est très important de noter que considérer la mission de Jésus n'est pas proposé pour que l'on contemple ou comprenne mieux le Christ, mais très exactement dans la mesure où il nous invite par un `appel' auquel répondre et le `suivre';... sans cette disposition il ne peut y avoir une véritable intelligence. Dans la logique de saint Ignace (plus implicitement qu'explicitement), il est clair que considérer Jésus, le Jésus historique, se fait en relation avec le christianisme d'aujourd'hui et d'un point de vue privilégié: le point de vue de la `suite' du Christ". (Jon Sobrino Cristologia desde América Latina. Colección Teología Latinoaméricana, Ediciones CRT. Mexico 1977, p. 329.)

(27) L'"aide pastorale" se soucie de développement spirituel, c'est-à-dire de quelque chose qui est plus que le simple développement humain. Mais elle ne se limite pas aux rapports entre Dieu et chaque individu; elle comprend aussi les rapports humains en tant que ceux-ci sont une expression et une extension des rapports avec Dieu; aussi la "foi" conduit-elle à l'"engagement"; la découverte de Dieu conduit au service de Dieu dans le service des autres
au sein de la communauté.

(28) "Ceux qui sortent de nos collèges doivent avoir acquis, d'une manière adaptée à leur âge et à leur maturité, une forme de vie qui soit par elle-même proclamation de la charité du Christ, de la foi qui vient de Lui et nous conduit à Lui, et aussi de la justice qu'Il a proclamée". (NCAD, § 12).

(29) Voir Appendice I pour une brève description des Exercices Spirituels.

(30) Ceci sera traité plus en détail dans la section suivante et dans la section 9.

(31) Exercices spirituels, 230.

(32) Ibid, 167.

(33) La "Formule de l'Institut", qui est la première esquisse de la Compagnie de Jésus écrite par Ignace, applique ce principe de base des Exercices Spirituels: "Quiconque voudra... militer sous l'étendard de la croix dans cette Compagnie... devra... se rappeler qu'il fait partie d'une société instituée principalement dans le but de procurer avant tout la défense et la propagation de la foi et le progrès des âmes dans la vie et la doctrine chrétienne..." (Formule de l'Institut, n. 1).

(34) Le Père Général Peter-Hans Kolvenbach dans son discours au Congrès Mondial des Anciens Elèves des Jésuites à Versailles, Cf. supra, note 24.

(35) Il est parlé de la "foi" dans les sections l et 4; cette Section-ci est centrée sur la "justice". Cependant, il est important de ne pas séparer ces deux concepts:
"Vivre tout en même temps foi et justice est rendu possible en marchant étroitement à la suite du Jésus historique. Comme points essentiels de cette suite du Christ, nous proposons les suivants: - En annonçant le Royaume et dans sa lutte contre le péché, Jésus est entré en conflit
avec les personnes et les structures qui, parce qu'elles étaient objectivement
pécheresses, s'opposaient au Royaume de Dieu. - La base du lien entre justice et foi doit être vue dans leur lien inséparable avec le
nouveau commandement de l'amour. D'un côté la lutte pour la justice est la forme que l'amour peut prendre dans un monde injuste. D'un autre côté, le Nouveau Testament montre tout à fait clairement que c'est l'amour pour les hommes qui est le chemin royal nous révélant que nous sommes aimés par Dieu et nous portant à aimer pour Dieu".
(Reunión Latinoamericana de Educación, Lima, Peróu, juillet 1976; texte publié par le CERPE, Caracas, Vénézuéla; p. 65.)
(36) 32e Congrégation Générale, Décret 4: "Notre mission aujourd'hui: service de la foi et promotion de la justice" n.4, Cf. supra note 3.
(37) NCAD, § 11.
(38) Cf. La "Préface" pour la Messe de la Fête du Christ-Roi.
(39) Dans son discours aux Présidents et aux Recteurs des Universités Jésuites, lors de leur rencontre à Frascati le 5 novembre l985, le Père Général Peter-Hans Kolvenbach donne plusieurs exemples de la manière de traiter des problèmes de justice dans différentes sortes de cours. Cf. "L'Université Jésuite aujourd'hui" dans Education: SJ, 53 (novembre-décembre 1985), pp. 7-8.
(40) Cf. Gabriel Codina, S.J.: "Foi et Justice dans le contexte de l'éducation", dans Education: SJ, 56 (juin-juillet 1986) pp. 12-13.
(41) Ibid., p. 11.
(42) Ibid., pp. 14-15; c'est nous qui soulignons.
(43) Cf. note 5. Les "autres" dans l'expression si souvent répétée, c'est le "prochain" de la parabole du Bon Samaritain (Lc. 10,29-37). La citation dans le texte est le développement de cette idée par le Père Arrupe (voir note suivante).
(44) "Des hommes-pour-les-autres" (Cf. note 5), p. 9.
(45) On pourra trouver des exemples concrets de l'accent mis sur les valeurs communautaires dans presque chaque section de ce texte décrivant les Caractéristiques de l'Education Jésuite.
(46) "En dehors de l'influence du foyer, l'exemple du corps professoral et le climat que celui-ci crée dans le collège sera certainement le facteur ayant le plus d'influence dans tout effort pour éduquer à la foi et à la justice". ("Comment jeter des Semences de Foi et de Justice" par Robert J. Starratt, S.J. Publié par le Jesuit Secondary Education Association, Washington, D.C., U.S.A.; p. 17).
(47) L'expression est fréquente dans les documents récents de l'Eglise et de la Compagnie de Jésus. Sa signification exacte est très discutée; ce qu'elle ne signifie certainement pas est l'option pour une seule classe de gens à l'exclusion des autres. Sa signification dans le contexte de l'éducation est étudiée dans cette section 5.4.
(48) "La Compagnie a une finalité: nous sommes au service de tous, riches et pauvres, opprimés et oppresseurs, tous et chacun. Nul ne doit être exclu de notre apostolat. Ceci vaut aussi pour nos écoles et nos collèges". (Pedro Arrupe, S.J., "Réflexions du Père Général pendant la rencontre sur l'Education Secondaire" dans Education: SJ, 30, octobre-décembre 1980, p. 13).
(49) La question de l'admission des élèves varie considérablement selon les pays. Là où il n'y a aucune aide gouvernementale, l'école ne peut vivre que par les scolarités et les dons. Le souci pour la justice inclut de justes salaires et de bonnes conditions de travail pour tous ceux qui travaillent au collège; et ceci fait aussi partie de ce que l'on doit considérer quand il s'agit de l'option pour les pauvres.
(50) NCAD, § 8.
(51) Cf. Codina, op. cit. p. 8. Voir ce document pour explications plus détaillées.
(52) Constitutions, [603].
(53) Cf. Vatican II: "Constitution dogmatique sur l'Eglise" (Lumen Gentium). nn.66-69.
(54) La vision spirituelle dont il s'agit ici inclut la totale réponse de foi des sections antérieures. Une fois encore, les questions de justice ne peuvent pas être séparées de la foi et de la charité évangélique sur lesquelles elles reposent.
(55) L'expression est prise dans la méditation sur "Le Règne" dans les Exercices Spirituels, 97, dont le but est de conduire celui qui fait les Exercices à suivre le Christ de plus près.
(56) "Cette excellence consiste en cela que nos élèves, hommes et femmes aux principes droits et bien assimilés, doivent être en même temps des hommes et des femmes ouverts aux signes des temps, en plein accord avec la culture et les problèmes de leur entourage; des hommes et des femmes pour les autres" (NCAD, § 9).
(57) Certains critères de l'excellence sont donnés dans la section 9.1; ce sont les mêmes que les critères pour le discernement.
(58) NCAD, § 6.
(59) "L'expression inusitée que le Père Pedro Arrupe utilisait volontiers - que nous devons "former des agents multiplicateurs" - découlait en fait de la vision apostolique d'Ignace. Sa correspondance de 6.815 lettres montre à l'évidence qu'Ignace n'a jamais cessé de chercher et d'encourager la plus ample collaboration possible avec toutes sortes de personnes..." (Père Général Peter-Hans Kolvenbach, lors de l'ouverture du Congrès Mondial des Anciens Elèves des Jésuites à Versailles, cf. supra, n.24.)
(60) NCAD, § 12.
(61) "Je veux parler de la nécessité d'apprendre et de l'obligation de partager. Les avantages que l'on peut tirer des échanges et de tous les types de collaboration sont immenses. Ce serait une vaine prétention que de croire que nous n'avons rien à apprendre. Ce serait agir en irresponsables que de dresser des plans pour notre seul compte, sans nous préoccuper de la nécessité de travailler en union avec d'autres collèges... Cette collaboration... rendra plus féconde notre efficacité apostolique, elle développera et fortifiera en même temps notre sens de l'Eglise". (Ibid. § 25.) La question de l'évaluation est reprise plus en détail dans la section 9.
(62) Ignace est l'auteur de cette expression, dans une lettre écrite à Jean de Verdolay le 24 juillet 1537. (Monumenta Ignatiana Epp.XII, 32l et 323).
(63) Apostolicam Actuositatem - "Sur l'apostolat des laïcs; cf. note 2.
(64) 31e Congrégation Générale, Décret 33 ("L'attitude de la Compagnie à l'égard des laïcs et de leur apostolat"); Décret 28 ("L'Apostolat de l'Education"), n.27. 32e Congrégation Générale, Décret 2 ("Jésuites aujourd'hui"), n.29. 33e Congrégation Générale, Décret 1 ("Compagnons de Jésus envoyés dans le monde d'aujourd'hui"), n.47.
(65) "Nous avions l'habitude de considérer l'université comme "notre" institution et de considérer les laïcs comme des auxiliaires, même si leur nombre dépassait de beaucoup celui des Jésuites. Aujourd'hui, certains Jésuites semblent croire que le nombre des laïcs a tellement augmenté et que le pouvoir administratif a changé de mains à tel point que l'institution n'est plus réellement jésuite... Je crois plutôt que c'est l'université elle-même qui doit être l'instrument de notre apostolat; non seulement celui des Jésuites, mais celui des Jésuites et des laïcs qui oeuvrent ensemble". (Père Général Peter-Hans Kolvenbach, "L'Université Jésuite aujourd'hui", p.8; cf. supra note 39.)
(66) Voir ci-dessous les sections 8.7 et 9.3.
(67) 31e Congrégation Générale, Décret 28: "L'Apostolat de l'Education", n.27.
(68) 32e Congrégation Générale, Décret 1: "Jésuites aujourd'hui", n.29.
(69) NCAD, §§ 16 & 18.
(70) "Il sera utile également d'étudier s'il est opportun ou non de créer dans certaines de nos écoles supérieures un Conseil d'Administration où siègeraient des Jésuites et des laïcs". (3le Congrégation Générale, Décret 28: "l'Apostolat de l'Education", n.27.)
(71) "Nous devons collaborer avec les parents dans l'oeuvre de l'éducation... Associations, revues, sessions et tout ce qui vise à donner une formation pédagogique aux parents de nos élèves et les préparer à collaborer plus efficacement avec le collège méritent tous les encouragements et tous les éloges". (NCAD, § 22.)
(72) "La Compagnie ne peut se désintéresser de son devoir de s'occuper de la formation permanente des anciens élèves; c'est là une chose que, pratiquement, nous sommes les seuls à pouvoir faire parce qu'il s'agit de remodeler ce que nous avons fait il y a vingt ou trente ans. L'homme d'aujourd'hui doit être différent de celui que nous avons formé alors. C'est une tâche immense, qui dépasse nos possibilités, et pour laquelle nous devons recourir à des laïcs capables de la réaliser". (Ibid., n.23.)
(73) "Quel est l'engagement de la Compagnie de Jésus envers vous, ses anciens élèves? C'est l'engagement même de saint Ignace renouvelé par le Père Arrupe: vous avez à devenir des multiplicateurs, à intégrer dans vos vies la vision d'Ignace et la triple mission de la Compagnie... La formation que vous avez reçue doit normalement vous avoir communiqué le sens des valeurs et de l'engagement qui caractérise cette voie, ainsi que la capacité de vous entraider dans la poursuite de cet engagement et dans l'application de ces valeurs aux circonstances qui changent dans vos vies et aux besoins qui changent dans le monde. Les jésuites ne vous abandonneront pas, - mais ils n'ont pas l'intention de vous diriger! Nous serons donc avec vous pour vous guider, vous inspirer, vous interpeller, vous aider; mais nous comptons que vous ferez vous-mêmes fructifier dans vos vies et dans le monde la formation que vous avez reçue". (Père Général Peter-Hans Kolvenbach; discours lors de l'ouverture du Congrès Mondial des Anciens Elèves à Versailles, en 1986; cf. note 24. Tout ce discours développe la question des rapports entre la Compagnie de Jésus et ses anciens élèves.)
(74) Le mot "discernement" est utilisé dans des contextes très différents. Ignace a écrit des "Règles pour le discernement des esprits" dans les Exercices Spirituels, 313-336; dans le contexte présent, c'est plutôt le "discernement communautaire apostolique" pratiqué par les Premiers Compagnons et recommandé par la 33e Congrégation Générale: c'est une révision de chaque oeuvre comprenant "une écoute de la Parole de Dieu, un examen et une réflexion selon la tradition de saint Ignace, une conversion personnelle et communautaire indispensable pour être vraiment 'contemplatifs dans l'action'; des efforts pour vivre dans cette 'indifférence' et 'disponibilité' indispensables pour `trouver Dieu en toute choses', la transformation de nos schèmes habituels de pensée par une constante inter-relation entre expérience, réflexion et action. Nous avons également à appliquer les critères pour notre action donnés par la VIIe Partie des Constitutions, ainsi que les indications concrètes concernant les ministères à promouvoir..." (33e C.G., Décret 1, n.40.)
(75) Une des sources les plus récentes et les plus complété est la lettre du P. Peter-Hans Kolvenbach, écrite en novembre 1986. Sur le discernement apostolique en commun on y trouve une abondante source d'information, un aperçu historique et des suggestions concrètes sur ce sujet.
(77) Le fait que l'éducation jésuite dépende des principes et des méthodes des Exercices Spirituels a été l'objet de bien des études. L'une des oeuvres classiques - datant un peu, mais encore valable - qui traite en détail de la question est La Pédagogie des Jésuites de François Charmot, S.J., Paris, 1941. Le même sujet a été plus récemment traité dans "Reflections on the Educational Principles of the Spiritual Exercises", de Robert R. Newton (Monograph 1, publié en 1977 par la Jesuit Secondary Education Association, 1424 16th Street, N.W., Suite 300, Washington, D.C. 20036 U.S.A.), et Le Secret des Jésuites - les Exercices Spirituels, de Joseph Thomas, S.J. (Collection Christus 57, Desclée de Brouwer, Paris, 1984).
(78) Cf. Section 1.
(79) Ignace a écrit le "Présupposé" des Exercices Spirituels pour dire le rapport qui devait exister entre celui qui donne les Exercices et celui qui les reçoit. Ce peut être un guide pour les relations humaines en général, et particulièrement au sein de la communauté éducative. En voici la traduction:
"Pour que celui qui donne les Exercices aussi bien que celui qui les reçoit y trouvent davantage d'aide et de profit, il faut présupposer que tout bon chrétien doit être plus enclin à sauver la proposition du prochain qu'à la condamner; et s'il ne peut la sauver, qu'il s'enquière de la manière dont il la comprend; et, s'il la comprend mal, qu'on le corrige avec amour. Si cela ne suffit pas, qu'on cherche tous les moyens appropriés pour que,la comprenant bien, il se sauve." (Exercices Spirituels, 22.)
(80) NCAD, § 12.
(81) "Causerie du Père Général Peter-Hans Kolvenbach à St. Paul's High School, Winnipeg, Canada, le 14 mai 1986", publiée dans le Bulletin de la Province Jésuite du Canada Supérieur, juin 1986, pp.7-8.

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