Saint-Joseph : le vrai pensionnat de Sarlat - 5 janvier 2006, Sud Ouest Dimanche

L'émission diffusée par M6 a passé sous silence la discipline d'un autre âge qui régnait il y a quarante ans encore dans cet établissement tenu par les jésuites.

ENQUETE : Priska Ducoeurjoly


« Le Pensionnat de Chavagnes » avait titillé les sommets de l'Audimat. « Le Pensionnat de Sarlat », diffusé par M6 au début du mois de septembre, a disparu des programmes dans la plus parfaite indifférence. Malaxée dans le moule abêtissant de la téléréalité, la restitution de ces scènes scolaires de l'après-guerre a laissé perplexe jusqu'aux anciens de ce lycée-collège catholique. « C'était n'importe quoi ! On les voyait avec leurs portables, ça sonnait faux », s'amuse le peintre Pascal Magis, scolarisé à Saint-Joseph dans les années 60.

Inauguré en novembre 1850, l'établissement privé, qui domine la cité de son importante carrure architecturale, avait été retenu par la chaîne pour son esthétique austère, reflet de la dureté du régime auquel il soumettait jadis ses 350 pensionnaires venus des quatre coins de France. Mais la téléréalité n'est pas la réalité. A l'écran, la règle de fer qu'imposait l'ordre religieux des jésuites, dont l'enseignement était l'une des raisons d'être, n'est jamais apparue. Le pouvait-elle seulement ? « C'était une vie irracontable aux enfants d'aujourd'hui ! », insiste Xavier Gouyou-Beauchamps, l'ancien président de France Télévisions (sur la photo : au dernier rang, le premier en partant de la gauche). « Avoir froid, être sale, changer de slip tous les quinze jours, de veste tous les trimestres. Mais finalement, on s'en fichait. Le plus dur, psychologiquement, c'était la discipline. Est-il imaginable, par exemple, de réveiller un enfant à 6 h 10 pour lui imposer le silence jusqu'à 8 h 20 ? » Dans la galaxie jésuite, Sarlat avait la réputation d'être un petit "bagne", un lieu de relégation des fortes têtes. Tout du moins avant 1968, année où les religieux ont quitté le Périgord noir. Même les pères de Bétharram, près de Lourdes, y expédiaient leurs sujets les plus difficiles !

Dans l'extrême. L'apprentissage de la rigueur passait par les marathons de la prière. « On a fait une provision de messes pour toute la vie. 365 jours par an, pendant dix ans, cela fait tout de même 3 000 dimanches ! Sans compter les heures de recueillement, le carême, les processions dans le parc », raconte Jean-Charles Pigeard de Gurbert (sur la photo : au premier rang, le troisième en partant de la gauche). Fils de l'ancien médecin de l'institution, ce Bordelais a vécu les pires années de privations pendant l'Occupation. « Je suis sûr d'avoir mangé du chat à la place du lapin. De toute façon, la nourriture n'a jamais été le point fort de notre éducation.
C'était tout simplement dégueulasse ! »

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